‹ Théâtre de Pierre CorneilleChapitre 142 sur 420 · Roman comique · texte numérisé non relu

Roman comique

2. D'autres appliquent ce trait à Laigle, ami de Mm* de Chevreuse.

du Menteur, ou peu après, par jalousie des succès de Floridor, qui le remplaça dans la plupart de ses rôles.

Selon une tradition , d'ailleurs contestée1, le cardinal de Richelieu, qui, malade et mourant, conservait encore son goût vif pour le théâtre, avait fait présent à Bellerose, pour jouer le Menteur, d'habits magnifiques, « ce qui piqua si fort l'acteur qui faisait le personnage d'Alcippe, fort inférieur à celui du Menteur, qu'il fit valoir son rôle autant et plus qu'il ne valait réellement ». En tout cas, le nom de cet acteur ne nous a pas été conservé, pas plus que ceux des autres comédiens qui avaient un rôle dans la pièce. On sait seulement que, plus tard, Lagrange, qui jouait les Eraste, les Clitandre, les don Juan, dans les comédies de Molière, joua Dorante dans la comédie de Corneille2, avant la Tliorillière. Ce rôle, étincelant de jeunesse et de gaieté, n'a pas toujours été tenu par des jeunes gens. Quand, après une longue retraite, en mars 1724, Baron, âgé de soixante-sept ans, rentra au théâtre par le rôle de Dorante, les spectateurs ne purent réprimer un sourire en l'entendant demander à Cliton :

Ne vois-tu rien en moi qui sente l'écolier3?

Qu'importe 1 âge de l'interprète, s'il nous rend l'illusion facile! N'avons-nous pas vu, depuis, M. Delaunay débuter à la Comédie-Française dans ce même rôle de Dorante , puis s'y maintenir, au delà môme de l'âge mûr, à force de grâce souriante et de verve toujours jeune 4 '/C'est que ce rôle est de ceux qui portent, pour ainsi dire, l'acteur; c'est qu'il laisse après lui un éblouissant souvenir : « Beaucoup de vers du Menteur, dit Voltaire, avaient passé en proverbe, et môme, près de cent ans après, un homme de la cour, contant à table des anecdotes très fausses, comme il n'arrive que trop souvent, un des convives, se tournant vers le laquais de cet homme, lui dit : Cliton, donnez à boire à votre maître.5 » Certains récits avaient tellement saisi l'imagination publique qu'on rêvait de transformer en réalités ces brillants mensonges. C'est ainsi qu'on vit les dames de la cour, indignées de la fatuité de La Tour Roquelaure, qui allait partout racontant ses bonnes fortunes imaginaires, imposer pour expiation à ce

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