‹ Théâtre de Pierre CorneilleChapitre 150 sur 420 · M. Gidcl. Histoire de la littérature française · texte numérisé non relu

M. Gidcl. Histoire de la littérature française

nelle, qui ne se montre pas ici fort soucieux de défendre le gloire de son oncle : « Quoique le Menteur, écrit-ii, soit trè: agréable et qu'on l'applaudisse encore aujourd'hui, j'avout que la comédie n'était point encore à la perfection. Ce qu dominait dans les pièces était l'intrigue, et les incidents, erreurs de noms, déguisements, lettres interceptées, aventures nocturnes, et c'est pourquoi on prenait presque tous les sujets chez les Espagnols, qui triomphaient sur ces matières. Ces pièces ne laissaient pas d'être fort plaisantes et pleines d'esprit, témoin le Menteur, Don Bertrand de Cigarral et k Geàliei- de soi-même 1 ! Mais enfin la plus grande beauté de la comédie était inconnue ; on ne songeait point aux mœurs et aux caractères ; on allait chercher bien loin les sujets de rire dans des événements imaginaires, avec beaucoup de peine, et! on ne s'avisait point de les aller prendre dans le cœur humain, qui en fourmille 2. » Il y aurait plus d'une réserve à' faire sur ce jugement trop absolu : ce que Fontenelle loue' dans le Menteur, c'est l'intrigue, c'est l'imbroglio; ce qu'il regrette de n'y pas trouver, ce sont des caractères. Il nous semble, au contraire, que, si amusante que soit l'intrigue du Menteur, malgré les gaucheries signalées plus haut, ce n'estl point l'élément original de la pièce. Ici encore, nous serions1 de l'avis de Geoiïroy, et nous dirions après lui : « On ne peut refuser au Menteur une place très distinguée parmi les bonnes comédies de caractère 3». Ce qui a trompé beaucoup de critiques, c'est qu'il n'est franchement, ni une comédie de caractère, ni une comédie d'intrigue (et qui donc pourrait se llatter de marquer la limite précise qui sépare ces deux catégories de pièces, jusque dans le théâtre de .Molière?). C'est môme qu'il paraît, à tout prendre, être plutôt une comédie d'intrigue, si l'on en juge par l'extérieur et par l'importance donnée aux incidents variés de l'action. Il serait donc excessif de prétendre que le Menteur est purement et simplement une comédie de caractère ; la vérité, c'est que la pari faite à la peinture des caractères, quoi qu'en dise Fontenelle, y est fort large, et qu'en cette partie surtout on retrouve le grand Corneille.

On comprendrait mal, en effet, le Menteur, si l'on y Yn\uil un heureux accident dans le théâtre comique de Corneille, si on l'isolait des comédies qui l'ont précédé, qu'il a fait oublier, mais dont il procède. Un coup d'oui jeté sur ces essais juvé-

Page 1