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Cours de littérature dramatigue, l,r metiidor an X

niles nous convaincra bientôt que Corneille, en s'élevant audessus de lui-même, ne se montre pas infidèle à l'esprit qui animait ses premières œuvres, et que, de Mélite au Menteur, un<^ étroite parenté unit les caractères renouvelés ou créés par lui.

S'étonne-t-on, par exemple, de la soudaine passion que Clarice inspire à Dorante ? Mais l'amour, chez Corneille, est le plus souvent l'effet d'un coup de foudre inattendu ; c'est un entraînement irrésistible et fatal auquel nous essayerions en vain de nous soustraire. Dans la Galerie du Palais, Dorimant s'éprend d'un beau feu pour le premier joli visage qu'il entrevoit. De même, le Tircis de Mélite, à première vue, conçoit pour Mélite une passion qui touche de bien près à la folie. En revanche, les amoureuses, sauf exception, restent maîtresses d'elles-mêmes, et sont plus volontiers railleuses que passionnées. Voyez, dans cette même pièce de Mélite, Chloris s'éloigner, le sourire aux lèvres, de Philandre infidèle, sans éclats de sensibilité, sans démonstrations tragiques, avec simplicité et fermeté. Comme Clarice, qui accueille Dorante ans décourager Alcippe, elles sont d'esprit pratique. Leur •rande affaire, c'est le mariage; mais toutes ne la conduisent pas de même façon. Les unes, fines d'ailleurs, mais froides, n'ont pas de volonté qui leur soit propre, et se plient à la volonté de leur famille, sans témoigner d'en être fort heureusesni fort chagrines :

Sachez que mes désirs, toujours indifférents, Iront sans résistance au gré de mes parents; Leur choix sera le mien...

Et, mon père content, je dois être contente *.

Les autres, filles de tête plus encore que de cœur, prétendent choisir librement et ne consulter que leur inclination :

.Mon père peut beaucoup, mais bien moins que ma foi; Il a choisi pour lui, je veux choisir pour moi 2.

La Clarice du Menteur tient, ce semble, des unes et des autres; elle ne s'abandonne jamais tout entière, puisque, fiancée à Alcippe, elle se montre disposée à le quitter pour Dorante, et qu'ensuite, trompée ou se croyant trompée par Dorante, elle revient volontiers à Alcippe, non sans quelque pointe de dépit, il est vrai. Elle aussi, en fille obéissante, se couvre du nom et de l'autorité de son père ; mais il faut

i. Place Royale.

î. Illusion comique.

26 LE M GNTEUR

avouer que c'est pour la forme, pour sortir d'embarras. Elle ne songe plus à les invoquer quand elle se trouve seule avec Lucrèce, son amie, figure assez pâle, mais agréable, qui traverse, silencieuse, le premier acte, n'apparaît pas au second, se laisse à peine entrevoir au troisième, mais peu à peu s'anime, et, prise à ses propres ruses, aime vraiment celui qu'elle aimait par feinte. Plus moqueuse et plus vive, ayant par-dessus tout l'horreur d'un célibat prolongé, Glarice cherche dans ces intrigues l'amusement de sa coquetterie plutôt que la satisfaction d'un sentiment peu profond. Elle a déjà quelque expérience, et raisonne plus qu'elle ne s'émeut : c'est tout un système, froidement conçu, froidement exécuté bientôt, qu'elle expose à Isabelle1, suivante de bon ton, sans relief, comme il convient à une confidente, dont le rôle est de s'effacer discrètement, pour laisser parler et agir les autres.

Si l'on voulait être tout à fait juste pour ce caractère à peine ébauché d'Isabelle, il ne faudrait pas oublier qu'il était une forme nouvelle et fort adoucie du caractère ancien de la nourrice, conseillère équivoque dont Mëlite nous offre le type souvent odieux 8. Pourquoi cependant, à côté d'Isabelle, le caractère de Sabine, suivante de Lucrèce, semble-t-il marqué de traits plus nets et plus hardis? C'est que Sabine est, comme l'indique Corneille lui-même, une simple femme de chambre, une devancière de ces soubrettes dont Molière fera bientôt éclater sur la scène le rire étincelant, sachant, comme elles, à merveille, son « métier », ne dédaignant pas l'argent plus qu'elles, mais spirituelle et avenante, digne, en un mot, malgré l'insignifiance de son rôle, qu'on lui applique le charmant portrait que le bohème Clindor trace de Lyse :

L'esprit beau, prompt, accort, l'humeur un peu railleuse, L'embonpoint ravissant, la taille avantageuse, Les yeux doux, le teint vif et les traits délicats, Qui serait le brutal qui ne t'aimerait pas3 ?

A la soubrette s'oppose naturellement le valet, à Sabine Cliton, dont le rôle d'ailleurs est autrement utile, sinon néces-^ saire à l'action. Corneille avait déjà mis au théâtre quelque! caractères de valets, mais aucun qui fût si plaisant : le Lysarqufl de Clitandre, écuyer de Rosidor, dévoué à son maître, dont il est le confident, presque l'ami, est un personnage à peu

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