‹ Théâtre de Pierre CorneilleChapitre 287 sur 420 · Jugementt det savants, t. v, p · texte numérisé non relu

Jugementt det savants, t. v, p

B, Cours profeilé à la Sorbonno on 18G2.

a l'École des femmes (4662) et de Polyeucte (1640) à Andromaque (1667), si l'on veut trouver un ouvrage en vers assez parfait pour nous faire illusion sur le déclin rapide dont la suite même des tragédies de Corneille porte le signe mnnifeste... Poussin s'exile à Rome, Descartes en Hollande, Corneille languit à Rouen. » Il n'y a rien ! N'est-ce donc rien que le drame créé dans Nicomède et Don Sanche, que la souveraineté de Corneille au théâtre s'imposant à tous, mais animant ses rivaux, au lieu de les décourager, et permettant à Rotrou, parti de la Iragi-comédifi romanesque, de s'élever jusqu'à Saint Genest, Cosroës et Venceslasf N'est-ce rien que Rodogune?

On sait quelle était la prédilection de Corneille pour cette tragédie qu'il sentait toute à lui, et dont l'éclatant succès, contrastant avec le froid accueil fait à la pièce de Gilbert, le consolait de la chute, non pas de Théodore, comme on le croitcommunément. mais de la Suite du Menteur; car il est fort bien établi que Théodore, imprimée avant Rodogune, lui est postérieure d'un an (4645). Le classement de Voltaire ne se justifie par aucune raison, et a contre lui les témoignages formels de Pellisson * et de Fontenelle : « A la Sitite du Menteur succéda Rodogune. Il a écrit quelque part que pour trouver la plus belle de ses pièces, il fallait choisir entre Rodogune et Cinna; et ceux à qui il en a parlé ont démêlé sans beaucoup de peine qu'il était pour Rodogune. Il ne m'appnrtient nullement de prononcer sur cela; mais peut-être préférait-il Rodogune parce qu'elle lui avait extrêmement coûté : il fut plus d'un an à en disposer le sujet. Peut-être voulait-il, en mettant son affection de ce côté-là, balancer celle du public qui paraît être de l'autre.»

Avec quelle tendresse paternelle, avec quel orgueil naïf il revient à cette même Rodogune, dans son Examen, et lui découvre sans cesse de nouvelles beautés! Aussi quels durent être son étonnement et son chagrin, quand de rigoureux légisteurs, pontifes de la religion d'Aristote — qu'ils ne compre-

1. Histoire de l'Académie française. Voici le front de la première édition; Rodogvne, princesse diïs parthes, tragédie. Imprime à Rouen, et se vend à Parix chez Toussaint Quinct, au Palais, sotis la montée de la Cour des Aydes. MDCXLVll. Auec priuilége du Roy. < Peut-être, dit M. Marty-Laveaux, cetto façon d'indiquer sur le titre même de quelle Rodogune il est question, a-t-elle pour objet d'insister snr la méprise de Gilbert. La crainte que Corneille avait de voir son ouvrage confondu avec celui d'un indigne concurrent ressort bien du moins de cette mention du frontispice gravé qui représente la dernière scène de l'ouvrage dessinée par Lebrun : La Rodogune, tragédie de M. de Cor- Ueille. *

naient pas toujours — osèrent s'attaquer à ses grandes œuvres! Ainsi, de par Anstote, on distinguait quatre sortes de situations tragiques, dont les unes étaient déclarées conformes aux règles, ^ont les autres étaient proscrites : 1° On connaît celui qu'on '•eut perdre, et on le perd ; 2° on le fait périr sans leconniître; 3° on est près de le faire périr, et on le reconnaît; 4° on le connaît, on entreprend de le perdre sans l'achever. Or, Rodogune, — impardonnable grief! — rentrait dans cette dernière catégorie. Que faire et que dire? Lentement, douloureusement, le vieux Corneille repassait sur tant de belles scènes qu'un abbé d'Aubignac proclamait incorrectes, et qu'il s'efforçait de justifier, parfois au prix de bien des concessions humiliantes. Dans son inquiétude, il croyait déjà voir le monument qu'il avait élevé s'en aller en poussière sous le docte marteau des aristotéliciens à outrance : « Aristote, s'écriait- il avec efiroi1, condamne entièrement la quatrième espèce de ceux qui connaissent, entreprennent et n'achèvent pas, qu'il dit avoir quelque chose de méchant, et rien de tragique, et en donne pour exemple Hémon, qui tire l'épée contre son père dans VAntigone et ne s'en sert que pour se tuer lui même. Mais, si cette condition n'était modifiée, elle s'étendrait un peu loin, et envelopperait, non seulement le Cirf, mais Ci mm, Rodogune, Héracliui et Nicomède. »

On lui reprochait de ne pas suivre pas à pas l'histoire, comm si le génie du poète dramatique pouvait s'accommoder d l'exactitude, presque scientifique, de l'historien, comme si les personnages qu'il crée, quelque caractère qu'il leur donne, en quelque situation qu'il les place, n'étaient pas vrais et vivants, plus vivants que les héros de la tradition, plus vivants que nous mômes! Mais Corneille, qu'on a pu appeler « un historien, » qui. au témoignage de Balzac, — et Balzac s'y connaissait, — faisait les Homains plus Romains qu'ils n'étaient, qui pénéirail >i avant dans « le génie des nations moites 3, » n'avait pa besoin de dénaturer l'histoire pour s'y tailler un drame. Il n voulait èlro ni servile imitateur, ni inventeur romanesque, Seulement, il se sentait plus à l'aise dans une fable dramatique, comme celle do Rodogune, et il l'avouait, avec une simonie

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