Acte I, se. iv
2. Dans ses Caractères (VI, Colin ou le Bel-U*pril) Vauvenargues est bien sévère pour ce monologue : « Cotin, écrit-il, se pique d'estimer les grandes choses, parce qu'il est vain. 11 affecte de mépriser l'éloquence de l'expression
i et la justesse même des pensées, qui, à ce qu'il dit quelquefois, no sont point essentielles au sublime. Il ignore que le génie no se caractérise en quelque
; sorte que par l'expression. La seule éloquence qu'il aime est l'ostentation et l'enflure. Il déclame ces vers pompeux et ces magnifiques tirades qu'on a tant
- vantées autrefois : Serments fallacieux, etc. » On sont trop dans ce jugement un peu dédaigneux l'admirateur exclusif do Racine, le critique ingénument ab-
l iolu de Corneille.
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de la grandeur, et aussi quelle tendresse de cœur, si ce mol peut s'employer ainsi, pour ce haut rang si longtemps occupé, conservé au prix de tant de luttes, et d'autant plus cher maintenant qu'on semble plus près d'en descendre! Que d'expressions
caressantes, presque amoureuses! Elle en est à ce point préoccupée qu'elle sort trop souvent des limites de la discrétion et de la prudence. Mais que ces aveux indiscrets et ces imprudentes confidences ne nous trompent pas : Cléopàtre n'est pas une bête fauve qu'entraîne un instinct irrésistible; ce n'est pas même, en dépit de ses fanfaronnades de scélératesse, une héroïne de mélodrame. Elle ne s'abandonne pas toujours, et c'est seulement quand la situation, p'us forte qu'elle, la domine et l'égaré, qu'elle laisse échapper ce cri d'aveugie fureur:
Tombe sur moi le ciel, pourvu que je me vengo ' I
Nous sommes, ne l'oublions pas, en Asie, à la cour d'une reine orientale, violente assurément, mais aussi rusée que violente, politiquo habile, aux yeux de qui le bien et le mal se confondent, et qui, n'étant esclave d'aucun préjugé, n'a pas assez do dédain pour ceux qui croient encore à la vertu, à la sincérité, à la valeur des engagements pris. Avec quelle pitié méprisante elle daigne s'ouvrir à Laonice, si indigne de la comprendre! La scène n de l'acte H est tout un cours de politique, qui n'a rien de commun avec la morale, mais ne man juo pas de grandeur dans son machiavélisme peu déguisé. Un mot nous y donnera le secret de toute la conduite de Cléopàtre :
Il m'imposa des luis, exigea des sarments, Et moi j'accordai tout, pour obtenir du temps.
Temporiser, voilà sa devise. Au moment où s'ouvre la scène in, nous la connaissons donc à merveille et savons do quoi elle est, capable : très fine à la fois et très emportée, elle sait se contenir, mais ne sait pas se contenir longtemps. Son entretien
avec Antiochus et SéleuCUS met plus en relief encore ce double trait de son caractère.
Qu'a dont- cel entretien de si invraisemblable? Quelle proposition peut nous surprendre, venant de Cléopàtre ? Corneille a voulu qu'elle nous découvrit son âme, et nous permit d'y lire: nous sommes désormais avertis; nous n'ignorons pas que