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sa haine implacable attend seulement, pour revivre au grand jour, l'occasion prochaine d'une vengeance. Cette occasion s'offre enfin; elle la saisit avec une précipitation fébrile. Quoi de plus odieux si l'on se place au point de vue de la vertu^tricte? Mais quoi de plus naturel si l'on ne considère que le caractère de Cléopâtre? Ce caractère peut être effrayant, mais il est logique, et i dément pas.
Dira-t-on que la seule présence des deux princes rend cette confession cynique plus singulière, sinon plus monstrueuse? Il est incroyable, répètent sur tous lès tons Lamotte, Voltaire, La Harpe, que Cléopàtre ose parler ainsi à des jeunes gens doux, vertueux, sensibles, et amoureux de Rodogune. Tout d'abord, elle connaît mal ces princes élevés loin d'elle, et qu'elle vient seulement de revoir. Pénétrante comme elle l'est, elle a dû les deviner du premier coup d'œil ; mais sait-elle et peut-elle savoir si l'éducation que leur a donnée Timagène n'a pas endormi, plutôt qu'étouffé, toute passion mauvaise dans le cœur de ceux qui sont après tout ses fils? Elle doute et veut être éclairée. Celle première et décisive explication lui apprendra si ses fils sont vraiment indignes d'elle. Si vertueux qu'ils soient, ils sont jeunes, ils sont princes : jeunes et façonnes à l'obéissance, ils se courberont peut-être sous l'impérieuse autorité de leur mère et se sentiront trop faibles pour la résistance et la lutte; princes et fils de Cléopàtre, ils ne sauraient manquer d'ambition, sans mentir à leur origine. Le rôle de Timagène est fini ; celui de Cléopàtre commence. C'est l'union de ses fils qui a fait leur force jusqu'à présent; eh bien, elle les divisera, elle les opposera l'un à l'autre, elle les stimulera par l'appât du pouvoir. Si elle parvient à séduire l'un d'eux, si elle le pousse au crime, elle l'enchaîne à jamais à elle par une sorte de complicité morale, et peut déclarer l'aîné t sans crainte, car l'aîné sera celui qui be sera montré, à l'épreuve, capable de succéder à une telle mère. Mais s'ils acceptent tous deux? Elle sera du moins délivrée de son ennemie, et pourra ensuite aviser au moyen de retenir le pouvoir. Si, au contraire, tous deux hésitent, se troublent, prennent peur, elle triomphe encore : car leur embarras fait sa sécurité ; en éludant une explication embarrassante, dangereuse peut-être, si elle est forcée de choisir et si elle choisit mal, elle gagne du temps, et, en attendant, selon son mot énergique, elle «possède1». De toute façon, sa proposition doit tourner à son avantage : repoussée,