ACTE I, SCÈNE IV
Je promettais beaucoup, et j'exéculais peu. 270
Le Parthe cependant en jure la vengeance; Sur nous à main armée il fond en diligence, Nous surprend, nous assiège, et fait un tel ciïorl, Que, la ville aux abois, on lui parle d'accord. 11 veut fermer l'oreille, enflé de l'avantage; 275
Hais, voyant parmi nous Rodogune en otage, Enfin il craint pour elle, et nous daigne écouter ; Et c'est ce qu'aujourd'hui l'on doit exécuter. La reine de l'Egypte a rappelé nos princes, Pour remettre à l'aîné son trône et ses provinces. 280
Rodogune a paru, sortant de sa prison, Comme un soleil levant dessus notre horizon. Le Parthe a décampé, pressé par d'autres guerres Contre l'Arménien qui ravage ses terres ; D'un ennemi cruel il s'est fait notre appui ; 285
La paix finit la haine, et, pour comble aujourd'hui,
plissent la capacité do l'âme (Discours sur les passions de l'amour). Où nous voyons une beauté, une expression neuve et qui mérite de vivre, Voltai.o voit une trivialité que la rime traîne après elle. Eùt-il préféré ce madrigal de Racine, son poète favori :
Quand je suis tout de feu, d'où vous vient celte glace?
( Phèdre, V, i.)
271. En, la vengeance de Rodogune; ce n'est ni très correct, ni très clair. On a vu plus haut, vers 253 : au désespoir de n'en rien obtenir, pour : de ne rien obtenir de lui.
214. Accord, accommodement. Le mot d'abois, vanté par Henri Estienne, très usité chez Corneille, n'est plus employé que dans la locution être aux abois.
21'). « Ce mot indéfini de l'avantage ne peut être admis ici; il faut de cet avantage onde son avantage. «'(Voltaire.) Enflé au figuré, dans le sens du laiin. Voyez dans la Mort de Pompée (II, iv) et dans Nicomède (II, i, iv) des exemples tout semblables.
278. « Cela est louche et obscur; il semble qu'on aille exécuter ce qu'on a écouté. » (Voltaire.)
2 82. « Dans la première partie du xvne siècle, dit M. Littré, dessus a été couramment employé comme préposition. » Les grammairiens recommandèrent bientôt l'emploi exclusif de sur, et Corneille, qui se piquait de se conformer aux règles, s'efforça d'appliquer celle-ci en revoyant ses ouvragos ; mais il avait trop à faire : « Les variantes qui accompagnent les premiers exemples de dessus prouvent qu'il avait eu d'abord l'intention de suivre pour ce mot le conseil des grammairiens; mais la suite montre qu'il a fini, et assez vite, par se lasser et n'en plus tenir compte. » (M. Marty-Laveaux.) Voyez le vers 1540 de Itodogune.
28-'L k Voltaire trouva que le mot décamper est une « expression trop négligée ». « C'est le terme propre, le terme technique, dont l'emploi habile et discret donne parfois aux vers une énergique simplicLé. » (Lexique de Corneille, édition Régnier).
285. Grammaticalement, il faut plutôt dire avec Voltaire : de notre crue' ennemi qu'il était.
28G. * La haine finit, on ne la finit pas. » (Voltaire.) A ce compte, Racine n'aurait pas eu raison de dire : « Une mort qui finit tant de pleurs « {Bajazet, III, p. <t La conversion finit nos vices, » dit aussi Massillon, cité par M. Littré.
Dois-je dire de bonne ou mauvaise forlune? Nos deux princes tous deux adorent Kodoguno.
TIMAG i: N E .
Sitôt qu'ils ont paru tous deux en cette cour,
fis ont vu Hodogunc, et j'ai vu leur amour ; 29J
Mais comme étant rivaux nous les trouvons à plaindre,
Connaissant leur vertu je n'en vois rien à craindre.
Pour vous, qui gouvernez cet objet de leurs vœux...
Je n'ai point encor vu qu'elle aime aucun des deux.
TI M A GÈNE
Vous me trouvez mal propre à cette confidence, i\fô
Et peut-être à dessein je la vois qui s'avance. Adieu : je dois au rang qu'elle est prête à tenir Du moins la liberté de vous entretenir.