‹ Théâtre de Pierre CorneilleChapitre 335 sur 420 · ACTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V

Quand je me dispensais à lui mal obéir,

Quand en votre faveur je semblais la trahir,

Peut-être qu'en son cœur plus douce et repentie

Elle en dissimulait la meilleure partie ; 350

Que, se voyant tromper, elle fermait les yeux,

Et qu'un peu de pitié la satisfaisait mieux.

A présent que l'amour succède à la colère,

Eile ne nous voit plus qu'avec des yeux de mère,

Et si de cet amour je la voyais sortir, 345

Je jure de nouveau de vous en avertir :

Vous savez comme quoi je vous suis tout acquise.

Le Roi souffrirait-il d'ailleurs quelque surprise?

Qui que ce soit des deux qu'on couronne aujourd'hui,

Elle sera sa mère, et pourra tout sur lui. 350

LAONICE

Qui que ce soit des deux, je sais qu'il vous adore : Connaissant leur amour, pouvez-vous craindre encore?

Oui, je crains leur hymen, et d'être à l'un des deux.

LAONI CE .

Quoi ! sont-ils des sujets indignes de vos feux ?

33". Voltaire nous apprend que ce vers « n'est pas français », qu'on se dispense d'une chose, et non à une chose. Mais dispenser de eût été ici un véritable non-sens : Rodogune veut dire précisément tout le contraire. Dispenser à signifiait alors autoriser à; par suite, se dispenser à une chose, signifiait se ta permettre; se dispenser à mal obéir, se permettre de mal obéir. C<± n'est même pas un idiotisme: M. Littré, qui constate que le tour a vieilli, cite des exemples caractéristiques de Molière (Dépit amoureux, II, i) et do Bayle ; il aurait pu en citer de très nombreux, empruntés à Rotrou et aux tragiques contemporains.

339. « Voltaire regrette avec raison co mot, qui n'est plus en usage que dans la locution : les filles repenties. » (Lexique de Corneille.) On lit au contraire dans le Dictionnaire Liltré : « L'Académie dit à tort que ce mot n'est usité qu'au féminin et dans cette locution. » Nous croyons, en effet, qu'on en pourrait trouver des exemples contemporains. Repentant n'exprime pas la même nuance de sens.

343. « Sortir d'un amour! quelle négligence! » s'écrie Voltaire. Pourquoi ne dirait-on pas sonir d'un amour (expression employée par Ducis, Abufar, lV.vm), comme La Fontaine dit : « Sortant de colère » et Molière (Fâcheux, II, n) t Je sortis hors d'effroi ». C'est par cette rigueur excessive qu'on appauvrit la la- gue, au point d'en venir à contester, avec Vaugelas, que « sortir de la vie » soit français. Voltaire qui a dit : « sortir de la mort » (lettre cà d'Argental, 17 mars 1773), aurait dû être plus indulgent pour les alliances de mots hardies.

347. Comme quoi, comment, combien. « Comme quoi est de difficile explication. Comme a parfois le sens de comment, et l'on dit interrogativement, ayant mal entendu : Comme quoi? Comme quoi est devenu de la sorte une locution faite, qui s'est introduite pour ne signifier rien de plus que comment. » (M. Littré)

353. Oui, je crains leur hymen et d'être... Remarquez co verbe qui a d'abord pour régime un nom, complément direct, puis un infinitif régi par de. — Voyez la Grammaire de M. Chassang, qui cite cet exemple p. 359.

CORNEILLE, Rodog. 0

Il O D O G U N B .

Comme ils ont môme sang avec pareil mérite, 35j

Un avantage égal pour eu\ me soll cilo ;

Mais il est malaisé, dam cette égalité.

Qu'un esprit combattu ne penche d'un côté.

Il est des nœuds secrets, il est des sympathies,

Dont par le doux rapport les âmeB assorties 3G0

S'attachent l'une à l'autre, et su laissent piquer

Pjr ces je ne sais quoi qu'on ne peut expliquer.

333. Ils sont du mêine scuig, que propose Voltaire, vaudrait peut-être mieux au point de vue de la correction absolue; mais Corneillo supprime volontiers l'article avec même.

l'a»'. « Quoique égaux en naissanco et pareils en mérite (1617-56).»

356. Sollicite, sens du latin sollicilarc, me tente, m'attire.

359. « L'amour n'est, pour le b^au monde du temps de Corneille, qu'un ordre dn. c:cl, une influence de l'étoile, une fatalité aussi inexplicable qu'inévitable.* Un sait par cœur cos vers de Ilodotjune. D'autres vers, de la Suite du Menteur, seraient encore plus connus, si la pièce l'était autant :

Quand les ordres du ciel nous ont fait l'un pour l'autre,

Lise, c'est un accord bientôt fait que le nôtre;

Sa main entre les cœurs, par un secret pouvoir,

Sème L'intelligence avant que de se voir;

il prépare si bi sn L'amant ei la maîtresse

Que' Leur àme au seul nom s'émeut et s'intéresse ;

On s'estime, on se cherche, on s'aime en un moment;

Tout ce qu'on s'eut redit persuade aisément,

Lt sans Binquioter d'aucunes peurs frivoles,

La foi gembie courir au-devant des paroles.

« La môme idée s ' retrouve dans Tite et Bérénice (II, n); elle dominQ dans toulcs les pièces de Corneille; c'était l'i dé du temps. « Ces justes observations de M. Guizot (Corneille et son temps) nous dispensent de répon ire à M. Qeruzez, qui a écrit : « Somme toute, ces quatre vers si vantés et si souvent cités risquent fort de n'être que du galimatias alambiqué. n Voltaire, du mo as, s'il juge que cette métaphysique amoureuse appartient à la haute comédie, plus qu'a la tragédie, trouve ces vers « agréables».

360. « Au xvi1' et au commencement du xvn< siècle, dil M. Chassanç (Grammaire, p. 295), par souvenir des constructions latines, dont pouvait dépendre d'un complément indirect :

Allez à la malheure, allez, âmes tragiq Dont par les noirs complots.»

301, Piquer se disait alors dans lo style noble, et Bourdaloue s'en est s >uvenl servi: voy. Le v. 231.

362. Par ces je ne sait quoi. Corneille aine cetl &ion, qui t

.ont dans- .. et qui rappelle lo m-scio quid des Latins. I

liens d'An le et d'Euyène, du Père Bouhouw, as1 intitulé: le Je ne itçny i/iimi (p. 320). Les von de C irne il i inl de départ à la dis u

gur ; de la sympathie. « Un de nos poètes, dit Bu

le parlé que tous les philosophes; il i> en un mot. » àristo

conclu! que « Toute la nature osl pleine

De i iy quoy qu'en ne peut expliquer^ »

île, î.i religion clurétienne explique tout, et cel entretien, commencé pat des vors sur l'amour, ûinl par une d il sur la grâce. En L6L'5 quand

>ulut oxigor de ses membres le Iribul liob Ion n I lire d'un di ■ ■ ■ur un sujet quelconque, l'un d'ontre eux choisit pour sujet : le Jr n

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