ACTE I, SCÈNE I
Ce déplorable chef du parti le meilleur, 45
Que sa fortune lasse abandonne au malheur,
Devient un grand exemple, et laisse à la mémoire
Des changements du sort une éclatante histoire.
Il fuit, lui qui, toujours triomphant et vainqueur,
Vit ses prospérités égaler son grand cœur ; 20
Il fuit, et dans nos ports, dans nos murs, dans nos villes ;
Et contre son beau-père ayant besoin d'asiles,
Sa déroute orgueilleuse en cherche aux mêmes lieux
Où contre les Titans en trouvèrent les dieux :
Il croit que ce climat, en dépit de la guerre, 25
Avant sauvé le ciel, sauvera bien la terre,
Et, dans son désespoir à la fin se mêlant,
Pourra prêter l'épaule au monde chancelant.
d'hui comme une faute grave de versification, Ve muet ne pouvant compter comme syllabe en pareil cas. Ménage remarque pourtant (Observations sur Malherbe) que par cette manière de scander Corneille n'a fait que se conformer à l'usage de ses prédécesseurs. — Lucain avait dit :
Hxc fato quse teste probet qitis justius arma
Sumpserit, hxc acies victum factura nocentem est. (VU, 259-60.)
15. « Ah ! déplorable prince ! » s'écrie Antiochus dans Rodogune. Le Dictionnaire de l'Académie, édition de 1694, condamne cette acception de déplorable employé en parlant des personnes et prescrit de l'appliquer seulement aux choses, Racine pourtant l'appliquait aux personnes aussi bien que Corneille, lorsqu'il mettait sur la scène « le déplorable Oreste » (Andromaque, 46).