ACTE II, SCÈNE III
El vous remettre un bien, après tant de malheur», 523
Qui m'a coûté pour vous tant de soins et de pleurs.
1! peut vous souvenir quelles furent mes larmes
Quand Tryphon me donna de si rudes alarmes^
Que, [tour ne vous pas voir exposés à ses coups,
Il fallut me résoudre à me priver de vou*. 530
Quelles peines depuis, grands dieux ! n'ai-je souffertes !
Chaque jour redoubla mes douleurs et mes pertes.
Je vis votre royaume entre ces murs réduit,
Je crus mort votre père, et sur un si faux bruit
Le peuple mutiné voulut avoir un maître* 535
J'eus beau le nommer lâche, ingrat, parjure, traître,
Il fallut satisfaire à son brutal désir,
Et de peur qu'il en prît, il m'en fallut choisir.
Pour vous sauver l'État que n'eussé-je pu faire 1
Je choisis un époux avec des yeux de mère, 540
Votre oncle Antiochus, et j'espérai qu'en lui
Votre trône tombant trouverait un appui;
plus belles scènes de Racine, et donnant la préférence à Corneille, voilà un spectacle assez nouveau pour qu'on le signale Entre les deux situatio s, d'ailleurs, il y a une différence essentielle : Agrippino s'efforce de reconquérir le pouvoir qui lui échippe; Cléopàtre est reine et prétond régner longtemps en-* core, même sous le nom d'un de ses fils. Néron n'écoute qu'avec ennui un long récit qu'il connaît d'avance; Antiochus et Sélcucus prêtent aux pavoles de leur mère une attention pa-sionnée: car leur grandeur et leur bonheur tout à la fois eu dépendent. Mais l'esprit et le ton de ces plaidoyers personnels sont les mêmes : comme Agrippine, au lieu do se justifier. Cléopâtie accuse ; elle fait l'apologie de son désintéressement : ce n'est pas l'égo'isme, c'est l'amour maternel qui l'a toujours inspirée, elle n'a travaillé que pour ses fils. Elle aussi dit, ou peu s'en faut :
J'ai fail ce que j'ai pu : vous régnez, c'est assez.