‹ Théâtre de Pierre CorneilleChapitre 346 sur 420 · ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III

El vous remettre un bien, après tant de malheur», 523

Qui m'a coûté pour vous tant de soins et de pleurs.

1! peut vous souvenir quelles furent mes larmes

Quand Tryphon me donna de si rudes alarmes^

Que, [tour ne vous pas voir exposés à ses coups,

Il fallut me résoudre à me priver de vou*. 530

Quelles peines depuis, grands dieux ! n'ai-je souffertes !

Chaque jour redoubla mes douleurs et mes pertes.

Je vis votre royaume entre ces murs réduit,

Je crus mort votre père, et sur un si faux bruit

Le peuple mutiné voulut avoir un maître* 535

J'eus beau le nommer lâche, ingrat, parjure, traître,

Il fallut satisfaire à son brutal désir,

Et de peur qu'il en prît, il m'en fallut choisir.

Pour vous sauver l'État que n'eussé-je pu faire 1

Je choisis un époux avec des yeux de mère, 540

Votre oncle Antiochus, et j'espérai qu'en lui

Votre trône tombant trouverait un appui;

plus belles scènes de Racine, et donnant la préférence à Corneille, voilà un spectacle assez nouveau pour qu'on le signale Entre les deux situatio s, d'ailleurs, il y a une différence essentielle : Agrippino s'efforce de reconquérir le pouvoir qui lui échippe; Cléopàtre est reine et prétond régner longtemps en-* core, même sous le nom d'un de ses fils. Néron n'écoute qu'avec ennui un long récit qu'il connaît d'avance; Antiochus et Sélcucus prêtent aux pavoles de leur mère une attention pa-sionnée: car leur grandeur et leur bonheur tout à la fois eu dépendent. Mais l'esprit et le ton de ces plaidoyers personnels sont les mêmes : comme Agrippine, au lieu do se justifier. Cléopâtie accuse ; elle fait l'apologie de son désintéressement : ce n'est pas l'égo'isme, c'est l'amour maternel qui l'a toujours inspirée, elle n'a travaillé que pour ses fils. Elle aussi dit, ou peu s'en faut :

J'ai fail ce que j'ai pu : vous régnez, c'est assez.

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