Sur nourrir pour élever, voyez la note du v
Elle n'a rappelés que pour servir sa rage.
De ses pleurs tant vantés je découvre le fard :
Nous avons en son cœur vous et moi peu de part.
Elle fait bien Former ce grand amour de mère, 735
Mais elle seule enfin s'aime et se considère;
E', quoi que nous étale un langage si doux,
Elle a tout fait pour elle, et n'a rien fait pour nous.
Ce n'est qu'un faux amour que la haine domine:
Nous ayant embrassés, elle nous assassine, 740
En veut au cher objet dont nous sommes épris,
Nous demande son sang, met le trône à ce prix.
O n'est plus de sa main qu'd nous le faut attendre :
Il est, il est à nous, si nous osons le prendre.
Notre révolte ici n'a rien que d'innocent; 745
Il est h l'un de nous, si l'autre le consent :
Régnons, et son courroux ne sera que faiblesse;
C'est l'unique moyen de sauver la princesse.
733. Le fard de* pleurs est, comme le dit Voltaire, une alliance de mots très bizarre; mais fard, au figuré, dans le sens d'hypocrisie, est employé par Corneille dans dos acceptions aussi hardies :
Je vois trop que vos cœurs r.'ont point pour moi de fard.
{China, v. 628.)
Séleucus veut dire : je vois à quel point étaient hypocrites ces pleurs « tarit vanlés », c'est-à-dire dont elle faisait parade avec si peu de sineériié. Pour la première fois, Séleucus est perspicace et pénètre au fond des choses : « D.ms ces pays où le lion de la famille est relâché et détruit par la polygamie, lot mœurs et les usages diminuent la force des sentiments naturels. Là, on n'est plus fus, ni époux, ni père; on est roi. Là, on n'est ni tille, ni mère: on est reine. L'égoi'sme domine les affections de la nature, et c'est ce que Corne lie nous explique par la bouche de Séleucus, avec cette sagacité politioue qui est une des parties de son génie.1) (Saint-Makc-Gikakdin, Cours de littérature il amatique, I, ch. xvm.)
~'-i~>. Do qui peux-tu savoir ces nouvelles étranges?
— Du peuple, qui partout fait sonner ses louanges.
{(Ad, v. 1111).
Tout ce passage rappelle la scène si connue do liriluinicus et ajoute à la ressemblance entre Agrippineet Cléopàtrej le vers:
Nous ayant embrassés, elle nous assassine,
n'a-til pas pu donner à Racine l'idée de son trait fameux :
J'embrasse mon rival, mais c'est pour L'étouffer.
(/Srituiiiiicus , IV, III.
13'!. Si Comldèi'6, s'e.stime :
Soûl, il se considère, il s'aime, et non pus mol,
(Ilolrou, Venceslas, II, i).
"737. ntale, * oxposo en un langage qui fait valoir les choses. » (M. I.illré.)