‹ Théâtre de Pierre CorneilleChapitre 361 sur 420 · ACTE III, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE I

Quoi que vous résolviez, laissez-moi l'ignorer.

Au reste, assurez-vous de l'amour des deux princes .

Plutôt que de vous perdre ils perdront leurs provinces;

.Mais je ne réponds pas que ce cœur inhumain

Ne veuille à leur refus s'armer d'une autre main. 71)0

Je vous parle en tremblant: si j'étais ici vue,

Votre péril croîtrait, et je serais perdue.

Fuyez, grande princesse, et soutirez cet adieu.

Va, je reconnaîtrai ce service en son lieu.

M. Geruzez rappelle à propos les vers d'Horace, dont les deux poètes ont pu s'inspirer :

Quis desiderio sit pudor o.ul modus Tarn cari capitis ?

[Odes, I, 24.)

On trouve dans Sophocle, plusieurs fois répété, w xa<riYv/)Tov xàça, aù-rà^çov

xâpa, çt'X-:aTov râpa.

~87. Au vers 394, nous avons vu : « Assurez-vous sur ma fidélité. » S'assurer, au xvnc siècle, veut donc dire : prendre assurance, confiance, compter sur, se fier à :

Madame, assurez-vous de mon obéissance.

(Racine , M'ahridate, I, n.)

Car qui peut s'assurer d'être toujours heureux?

(La Fontaine, Fables, v, 17.)

Pour mon cœur, vous pouvez vous assurer de lui.

(Molièiie, Femmes savantes, IV, vil.)

Cette expression, fait remarquer M. Marty-Lavcaux, ne pourrait, aujourd'hui, signifier autre chose que « 6'éclaircir, se renseigner pour acquérir la certitude de cet amour », et aussi, ajouterons-nous, s'efforcer do conquérir cet amour.

"788. t'rovinces, États en général et non pas telle ou telle province en particulier. On employait même alors pivvince au singulier dans le sons du latin p)'0vincia, gouvernement, pouvoir :

Nourri si dignement et né pour la province.

(Rotuou; Cosroës, II, n.)

"794. C'est ainsi que Néron dit à Narcisse et Joad à Abner, dans des circonstances toutes différentes d'ailleurs :

Narcisse, c'est assez; je reconnais ce soin.

[Britannicus, IV, IV.)

Je reconnais, Abner, ce service important.

[Alhaïie, II, vin.)

Reconnaître, dans le sens de se montrer reconnaissant, s'emploio même absolulient chez Corneille:

Quand peut-on être ingrat, si c'est là reconnaître ?

[A^siias, v. 1903.)

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