‹ Théâtre de Pierre CorneilleChapitre 369 sur 420 · ACTE III, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III

Va s'il est assez fort pour me servir d'appui, Je le ferai régner, mais en régnant sur lui.

Sentiments étouffés de colère et de haine, 855

Rallumez vos flambeaux à celles de la reine, El d'un oubli contraint rompez la dure loi, Pour rendre enfin justice aux mânes d'un grand roi; Rapportez à mes yeux son image sanglante, D'amour et de fureur encore élincelante, 8G0

Telle que je le vis, quand tout percé de coups Il me cria*: «Vengeance! Adieu ; je meurs pour vous! »

(v. 34a), Atlila (v. 1453), et dans les Poésies diverses, mais avec le sens di lièrent de jeter une amorce à l'ambition, au crime, etc.

Craignez d'un vain plaisir les trompeuses amorces.

(Boileau, AripoH., I.)

Ce langage si fier, presque hautain, de Rodogune, est la révélation anticipée de son vrai caractère ; enfin, ello va se montrer telle qu'ol'e est. Si pourtant sa vengeance avait été immédiate, si aucuno délibération ne l'avait précédée, Voltaire aurait crié, avec raison, à l'invraisemblance ; qu'il nous permette donc do voir dans co monologue autre chose qu'un « galimatias » inutile. Il comprend mal l'espèce do « générosité » que Rodogune s'attribue, et qui n'est pas incompatible avec une intention criminelle. Cette générosité, elle est dans l'élévation de l'âme, et l'élévation de l'âmo — qu'exalte encore la passion — semble inséparable à Rodogune de l'élévation de la naissance. Chez Corneille, le généreux (gencrosus, lu-y^l?) était même pris substantivement. « C'est une confiance de généreux à généreux et de Romain à Romain, » écrit-il dans l'Ave rti>sement au lecteur qui précède Scrlorius.

... Peu de généreux vont jusqu'à déduigner, Après un sceptre acquis, la douceur de régner.

[Cinna, v. 479.)

Parmi les généreux il n'en va pas de même.

{Xicomède, v. 1GG4.)

Dans un vers qui éclaire tout le début de ce monologue, Héraclius s'écrie :

La générosité suit la belle naissance !

C'est de cette générosité native que Rodogune s'inspire, et sa fierté n'est ni « méprisable », ni même déplacée. Seulement, c'est la reine qui parle et qui s'indigne qu'on lui conseille de s'abaisser.

855. « De vengeance et de haine, » donne une variante préférable. Remarquons ce mot : étouffés; il preuve que Rodogune s'est jusqu'ici fait violen e, et s'affranchit d'une longue et pesante contrainte. — Quant à la l'orme, quant à ces seutiments qui rallument leurs flambeaux cà la haine et «à la colère de la roine, et qui rompent la dure loi d'un oubli contraint, nous convenons volontiers que tant de paroles, un peu emphatiques, « ne forment point un senf net », pourvu qu'on nous acecorde que de cette obscurité se dégage une idél précise, exprimée par les mots étouffés et contraint. Elle est dure, en effet, cettt loi de l'oubli, qu'on a imposée à Uodogune, et Rodogune va se souvenir.

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