ACTE III, SCÈNE III
De la paix qu'elle rompt jone suis plus le gage;
Je brise avec honneur mon illustre esclavage; 880
l'ose reprendre un coeur pour aimer et haïr,
Et ce n'est plus qu'à toi que je veux obéir.
Le consentiras-tu, cet effort sur ma flamme, Toi, son vivant portrait, que j'adore dans l'âme, CIkt prince, dont je n'ose, en mes plus doux souhaits, 885 Fier encor le nom aux murs de ce pa'ais? Je sais quelles seront tes douleurs et tes craintes : Jo vois déjà tes maux, j'entends déjà tes plaintes; Mais pardonne aux devoirs qu'exige enfin un roi A qui tu dois le jour qu'il a perdu pour moi. 890
J'aurai mêmes douleurs, j'aurai mêmes alarmes; S'il t'en coûte un soupir, j'en verserai des larmes. Mais, Dieux ! que je me trouble en les voyant tous deux ! Amour, qui me confonds, cache du moins tes feux, l.t, content de mon cœur dont je te fais le maître, 895
Dans mes regards surpris garde-toi de paraître.
Il faut une autre requête, également dans les formes, « aux excellens et puissaDs en noblesse, dieu Cupido et Vénus la déesse », pour qu'à ce prisonnier d'un nouveau genre on daigne « rebailler son povre cueur. »
883. Voir sur consenti}*, pris activement, la note du v. 746; Voltaire se trompe, quand il voit ici encore un « barbarisme ».
8Sb'. Fier pour confier, comme dans les vers connus do Cinna :
Ciel, à qui voulez-vous désormais que je fie Les secrets de mon àme et le soin de ma vie ?
(IV, m.
8>2. « Que veut dire cela? Veut-ello parler de l'ordre qu'elle va donner aux deux amants de tuer leur mère? » (Voltaire.) Nous croyons que la pensée de Rodogune n'est pas aussi précise, et qu'elle songe seulement à une rupture probable entre elle et Antiochus, placé entre son amour et sa tendresse filiale.
894. « Voilà, dit Voltaire, une singulière timidité pour une fille qui n'est plus jeune, qui a voulu épouser le père, qui est amoureuse du fils, et qui veut faire assassiner la mère! » Palissot lui répond : « Il n'est pas vrai que Rodogune ne soit plus jeune Ce n'est pas elle qui a voulu épouser Nicanor; elle lui avait été promise peut-être sans qu'on l'eût consultée, et comme on dispose de la main des jeunes princesses sans leur aveu, par des convenances purement politiques. La proposition qu'elle va faire aux deux princes d'assassiner leur mère n'est pas sérieuse; elle sait trop que ni l'un ni l'autre n'en sorait capable, et elle-même l'avouera dans une autre scène. »
89ô. Sur content de voyez la note du v. 461.
13s RODOGUNE.