‹ Théâtre de Pierre CorneilleChapitre 372 sur 420 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

ANTIOCHUS, SÉLEUGUS, RODOGUNE.

ANTIOCIIUS.

Ne vous offensez pas, Princesse, de nous voir

De vos yeux à vous-même expliquer le pouvoir.

Ce n'est pas d'aujourd'hui que nos cœurs en soupirent:

A vos premiers regards tous d^ux ils se rendirent; 900

Mais un profond respect nous fit taire et brûler,

Et ce môme respect nous force de parler.

L'heureux moment approche où votre destinée Semble être aucunement à la nôtre enchaînée,

ROS. « Et de quoi veut-il qu'elle s'offense? Do ce que deux frères, dont l'un doit l'épouser et la faire reine, joignent à l'offre du trône un sentiment dont elle doit être charmée et honorée? Ce faux goût était introduit p ;r nos romans de cl evalerie, dans lesquels un héros était tùr de l'indignation de sa clame quand il lui avait fait sa déclaration ; et ce n'était qu'après beaucoup de temps et de façons qu'on lui pardonnait. » (Voltaire.) L'observation de Voltaire est justo dans sa généralité; remarquons pourtant que, dans la circonstance particulière, les excuses d'Antiochus ne sont pas si ridicules. Cette démarche commune- et solennelle a un caractère tout autrement embarrassant qu'un aveu isolé. Antiochus, qui craint avant tout de déplaire à Rodogune, peut donc, sans trop ressembler à un héros de VAstree, lui demander pardon d'avance do la contrainte qu'il va lui imposer. Ceci dit, il faut condamner ces cœurs qui soupirent et brûlent, ces yeux tout-puissants auxquels ils se rendent, tout ce jargon de la galanterie banale, sans parler, au troisième vers do cette scène, de cet en, qui, dit Voltaire, no paraît se « rapporter à rien ».

901. « Un profond respect ne fait pas brûler; au contraire. » (Voltaire.) Corneille, dont la construction est trop elliptique, a voulu dire : nous contraignit à vous aimer sans vous déclarer notre amour; le respect imposo le silence, mais ne crée pas la passion.

Qui souffre sans espoir doit souffrir cl se taire.

(Rotiiou, ClcagJnor et Doriitéc]

001. * Aucunement est un terme de loi qui no doit jamais entrer dans un . « (Voltaire.) Moins absolu que Voltaire, M. Littré constate que l'emploi e mot a vieilli. Jusqu'à la Rév ilution, dit M. Marty-Laveaux, le parlement

1 .ris continua à s'en servir dans h' prononcé de ses ariôts : « La Cour, ayant

aucunement égard à la n N , prononce... o A ucunement signifie donc

m quelque $> rie, comme l'indique Furetièro, quodammodo, comra i Nicot le traduit; mais Pe lisson le proscrit, quand il n'esl pas suivi de la négatioi qu'il y a de curieux, c'est que dans une note sur la dédicace de Mèdèe, le même ii" aucunement ici, écrivait : < Aucunement, vieux mot qui ■ n qu Ique sotte, en partie, et qui valait mieux que ces périphrases, » Il y en a de très nombreux exemples chez Corn ille et les contemporains :

Qui B'avouo Insolvable aucunement s'acquitte*

[Suite du Menteur, v, 790.)

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