ACTE III, SCÈNE IV
Puisque d'un droit d'aînesse incertain parmi nous 905
La noire attend un Eceptre, et la vôtre un époux.
Q'est trop d'indignité que notre souveraine
De l'un de ses captifs tienne le nom de reine :
Notre amour s'en offense et, changeant cette loi,
Remet à notre reine à nous choisir un loi. 910
No vous abaissez plus à suivre la couronne :
Donnez-la, sans souffrir qu'ave ; elle on vous donne;
fevglez notre destin, qu'ont mal réglé les Dieux :
Notre seul droit d'aînesse est de plaire à vos yeux;
L'ardeur qu'allume en nous une flamme si pure 913
Préfère votre choix au choix delà nature,
Et vient sacrifier à votre élection
... Que dans un mot d'écrit no.î pensors amoureux
Nous ponant chaque jour et rapportant nos vœux Charment aucunement l'ennui de notre absence.
(Rotiiou, Béh'saire, III, i)
« Aucun, dit M. Chassang, anciennement ah/un, alcun, vient dealiqncm unum (fjucl'iu'un) et, par conséquent, n'avait nullement à l'origine le sens négatif. » (Lira»' maire française, Cours supérieur, page 249.)
905. * Incertain parmi nous; il veut dire incertain entre nous deux.» (Voltaire.) « Ola est juste, dit M. Littré; parmi nous veut dire entre nous, dans notro pays, b
907. Indignité, humiliation, outrage. (Voyez plus haut le v. 5~3.)
908. Comme le remarque Voltaire, Corneille joue sur les mots de reine et de caidif; mais, ainsi que Racine, il prend souvent ce dernier mot dans le sens d'amant; Emiiie dit à Cinna :
Je t'eusse par ma mort dérobé ta captive.
{Cinna, III, IV.)
Cléopâtre appelle César son « captif» (Pompée, II, i). M. Litlré no mentionne pas cette acception particulière.
910. Remettre à quelqu'un à... construction très rare ailleurs que chez Cor- Deille :
Allons voir cependant ce prince infortuné, Pieurer auprès io Lui notre destin funes;e. Et remettons aux dieux a disposer du reste.
\Œdipe, V, xil.)
911. « On ne suit point une couronne. » (Voltaire.) M. Geruzez, au contraire, trouve cette expression figurée parfaitement juste, et nous sommes de son avis. On disait alors suivre au lieu de poursuivre, comme on dit encore aujourd'hui « suivre une affaire ».
Il suit toujours sonfbut jusqu'à ce qu'il l'emporte.
[N'icomhle, V, IV.)
917. t Élection ne peut être employé pour choix; élection d'un empereur, d'un pape, suppose plusieurs suffrages. » (Voltaire.) M. Littré, qui cite des exemples de Malherbe et de Balza:;, dit que ce termo est pou usité dans le sens d'un choix personnel. Il était du moins fort usité dans la première moitié du xvnc siècle, et M. Marty-Laveaux en cito de nombreux exemples, empruntés surtout, il est vrai, aux comédios de Corneille. On en pourrait citer do non
UO RO:>0G!TNE.
Toute notre espérance et notre ambition. Prononcez clone, Madame, et faites un monarque : Nous céderons sans honte à celte illustre marque; 920
El celui qui perdra votre divin objet Demeurera du moins votre premier sujet ; Son amour immortel saura toujours lui dire Que ce rang près de vous vaut ai leurs un empire; 1 y meitra sa gloire, et, dans un tel malheur, 92">
L'heur de vous obéir flattera sa douleur.
Princes, je dois beaucoup à cette déférence
De votre ambition et de votre espérance,
Et j'en recevrais l'offre avee, quelque plaisir,
Si celles de mon rang avaient droit de choisir. 930
Comme sans leur avis les rois disposent d'elles
moins nombreux, tirés du théâtre de Rolrou et de Saint Gcncsl môme. (164G) Dioctétien, donnant sa fillo Valérie à Maximin, lui dit :
Mon élection
Se trouve un digne objet de voire passhn,
920. Ici, comme au v. 411 (voyez la note), Voltaire a raison : « On ne pointa une illustre marque, même pour rimer avec monarque} il faudrait spéci. lio 1, c;te marque. »
921. •■ Voue divin objet ne peut signifier votre divine personne. » (Voltaire) (Voyez la note du v. 140). «Dans cette acception, observe M. Mnrly-Laveaux,o'j/>J n ' (tarde plus qu'une faible trace do son sens primitif. » On peut donc concevoir qu'abusivement objrt ait fini pat siguifior personne.
923. Corneille a dit aille irs [Pompée, v. 1G12) : « djs respects immortels * Immortel est d'autant mieux appliqué dans ce vers que l'amour est po;sonnj(io et .n, pour ain>i dire, la parole.
926. Sur heur, pour bonheur, voyez la note du v. 54. Flatter est pris ici .1 nis le sens d'adoucir, comme plus loin au v. 1069.
Tant qu'un espoir de paix a pu flatter nia peine.
[Horace, I, i.) Bérénice d'un mol flatterait mas douleurs.
(Racine, Bérénice, in, it.
« Ne croyez pas que, pour consoler ou pour flatter v itre douleur, je veuille exugéror la vortu de celle quo vous pleurez. •> (Fié hier, Oraison junc'irc dt ,1/""' de Monlnuxicr.)
\)i~ Déférence, suivi d'ut» complément, est une construction assez, rare.
9'iP. Voyez la n te du v. 870. Rodogune a dit plus liant : i Celles do ma naissance. » Voltaire n'excuse pas cette fiorté; elle est pourtant d'une reine et d'une reine qui va parler en politique consommée, invoquant adroitement la raison d'État. L'Isabelle de Don Sanche se gacr fle, elle aussi, non sans plainte « au repoi de l'Etat » (I, n) et Carlos lui rappelle son devoir :
Cor ce n'i'si point l'amour qui rail l'hymen îles rois ; Le raison i de L'Étal règlent toujours leur choix.