ACTE NT, SGÈNE IV
Pour affermir leur Irône ou finir leurs querelles,
Le destin des États est arbitre du leur,
Et l'ordre dos traités règle tout dans leur cœur.
C'est lui que suit le mien, et non pas la couronne : 935
J'aimerai l'un de vous, parce qu'il me l'ordonne;
Du secret révélé j'en prendrai le pouvoir,
Et mon amour pour naître attendra mon devoir.
N'attendez rien de plus, ou votre attente est vaine.
Le choix que vous m'offrez appartient à la Reine ; 940
J'entreprendrais sur elle à l'accepter de vous.
Peut-être on vous a tu jusqu'où va son courroux :
Mais je dois par épreuve assez bien le connaître
934. Voltaire trouve impropre le mot ordre employé pour loi. Corneille a dit pourtant ailleius : « Cet affreux devoir dont l'ordre m'assassine. » (Ciel , 111, 4). Bossuet et Bourdaloue ont bien souvent aussi pris cette expression: « l'ordre des conseils de Dieu, l'ordre de Dieu », dans le sens de la loi divine, comme nous disons l'ordre de la nature pour signifier la loi naturelle.
935. La critique de Voltaire est ici plus juste qu'au v. 811, parce que suivre une loi et suivre (poursuivre) une couronne sont deux expressions différentes.
937. « Je pre- droi du secet révélé le pouvoir de vous aimer, cela est peu français; j'en prendrai est obscur. » (Voltaire).
938. Voltaire observe assez justement qu'un amour peut bien attendre le devoir pour se manifester, mais non pas pour naître ; car, s'il n'est pas né, comment peut-il attendre ? Il propose :
Et pour oser aimer j'attendrai mon devoir, ou :
J'attendrai pour aimer l'ordre de mon devoir.
Mais ce dernier vers f st bien prosaïque. Au fond, c'est encore ici la grande lutte de la passion et du devoir. Il est malheureux seulement que le devoir se manifeste ici sous la forme assez froide de la raison d'État. Au reste, Rodo-rune joue un rôle; c'est ce que ne semble pas avoir très nettement vu Voltaire, lorsqu'il écrit : « Voilà donc Rodogune qui déclare qu'elle se donnera à l'aîné et qu'elle l'aimera. Comment pourra-t-elle après déclarer qu'elle ne se donnera qu'à l'assassin de Cléopâtre, quand elle a promis d'obéir à Cléopâtre? » Si elle se montre instruite de tout, c'est pour détacher les princes de leur mère et justifier d'avance, s'il est possible, la proposition qu'elle va leur faiie. Voyez l'Introduction.
941. Entreprendre sur, empiéter sur les droits de quelqu'un :
Ce serait à vos yeux faire la souveraine, Entreprendre sur vous.
(Nicomèele, v. 761.)
Fnt reprendre sur une personne n'est pas français, selon Voltaire; M. Littré emprunte pourtant à Bossuet plusieurs exemples de cette locution. A l'accepter, en l'acceptant; voyez à ainsi construit aux v. 693, 978 et 1631, de tiodoyune.
A raconter ses maux souvent on les soulage.
(Pobjeucte, y. ICA.)
942. Ce vers est assez discret pour ne pas blesser les fils de Cléopâtre, assez dair pour leur faire entendre que Rodogune sait tout et ?eut une pieine franchise.