ACTE IV. SG|JSE r. I
Je l'ai dit, il est vrai; mais, quoi qu'il en puisse ôtre,
Méritez cet amour que vous voulez connaître.
Lorsque j'ai soupiré, ce n'était pas pour vous;
J'ai donné ces soupirs aux mânes d'un époux;
l"t ce sont les effets du souvenir fidèle 115'i
Que sa mort à toute heure en mon âme rappelle.
Princes, soyez ses fils, et prenez son parti.
ANTIOCHUS
Recevez donc son cœur en nous deux réparti;
Ce cœur, qu'un saint amour rangea sous votre empire,
Ce cœur, pour qui le vôtre à tous moments soupire, 1160
Ce cœur, en vous aimant indignement percé,
Reprend pour vous aimer le sang qu'il a versé ;
Il le reprend en nous, il revit, il vous aime,
Et montre, en vous aimant, qu'il est encor le même.
Ah! Princesse, en l'état où le sort nous a mis, 1165
Pouvons-nous mieux montrer que nous sommes ses fils?
pruntés aux tragédies de Corneille; nous y ajouterons ces vers de Nicomède :
Et vers moi tout l'effort de son autorité
N'a git que par prière et par civilité. [I, n.)
.Vais enfin, elle est reine et cette dignité Semble exiger de nous quelquo civilité. (I, iv.)
1153. Tci encore il faut accorder à Voltaire que « ce vers paraît trop comique ». L'est-il autant qu'il le paraît, et Rodogune ment-elle pour le plaisir de mentir?
1154. « Vuici qui est bien pis! quoi! elle prétend avoir été l'épouse du père d'Antiochus! Elle ne se contente pas d'être parricide, elle se dit incestueuse! En effet, dans les premiers actes, on ne sait si elle a consommé ou non le mariage avec le père de ses amants. Il faudrait au moins que de telles horreurs fussent un peu cachées sous la beauté de la diction. » (Voltaire.) — « On sait très bien, et il est expliqué très clairement dans les premiers actes que jamais Rodogune n'a épousé Nicanor. Elle était, comme nous l'avons dit, promise à ce prince, et c'est dans ce sens qu'elle peut le nommer son époux; mais il n'exista point de mariage. Rodogune, en un mot, ne fut jamais, à l'égard de Nicanor, que ce que Monime croyait être à l'égard de Mithridate, veuve sans avoir en d'époux. » (Palissot.) Voyez aussi Y Avertissement de Corneille. L'évidence de cette explication ressort, non seulement de tant d'indications précises, mais de l'étyrnologie même du mot époux, sponsns, fiancé. « £.spnux est celuy qui n'est que fiancé, et ne se peut encore porter pour mari. » {Dictionnaire de Nicot.) M. Littré ne donne pas ce sens.
1158. « Il semble, par ce discours d'Antiochus, répète encore Voltaire, qu'en effet Rodogune a été la femme de son père; s'il est ainsi, quel effet doit faire un amour d'ailleurs assez froid, qui devient un inceste avéré, auquel ni Antiochus ni Rodogune ne prennent seulement pas garde ? » Que dit donc Antiochus? Rien, si ce n'est que Rodogune a été aimée de son père. Voltaire a plus raison, quand il demande : « Qu'est-ce qu'un cœur réparti en deux? »
1 159. Saint, légitime ; cet adjectif, au xvn« siècle, est de ceux qui sont le plus fréquemment associés au mot amour; on en trouve de nombreux exemples dans les tragi-comédies de Rotrou.
1162. « C'est donc le cœur de Nicanor, réparti entre ses deux fils, qui, ayant été percé, reprend le sang qu'il a verse, c'est-à-dire son propre sang, pour aimer encore sa femme dans la personne de ses deux enfants l * (Voltaire.)
160 RODOM NE.
RODOGUNË .
Si c'est son cœur en vous qui revit et qui m'aime,
Faites ce qu'il ferait s'il vivait en lui-même ;
A. ce cœur qu'il vous laisse osez prêter un bras :
Pouvez-vous le porier et ne l'écouter pas? 4 170
S'il vous explique mal ce qu'il en doit attendre.
ïl emprunte ma voix pour mieux se faire entendre.
Une seconde fois il vous le dit par moi :
Prince, il faut le venger.
.l'accepte cette loi.
Nommez les assassins, et j'y cours.
Quel mystère 4175
Vous fait, en l'acceptant, méconnaître une mère?