‹ Théâtre de Pierre CorneilleChapitre 391 sur 420 · ACTE IV, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE I

Satisfaites vous-même à cette voix secrète

Dont la vôtre envers nous daigne être l'interprète :

Exécutez son ordre, et hâtez-vous sur moi 1485

De punir une reine et de venger un roi;

Mais, quitte par ma mort d'un devoir si sévère,

Écoutez-en un autre en faveur de mon frère.

De deux princes unis à soupirer pour vous

Prenez l'un pour victime, et l'autre pour époux; 1190

Punissez un des fils des crimes de la mère,

Mais, payez l'autre aussi des services du père,

Et laissez un exemple à la postérité

Et de rigueur entière et d'entière équité.

Quoi! n'écouterez-vous ni l'amour ni la haine? 1195

Ne pourrai-je obtenir ni salaire ni peine?

Ce cœur qui vous adore, et que vous dédaignez...

Hélas! Prince.

L185. Var. « Elle s'explique assez à ce cœur qui l'entend,

Et vous lui rendrez plus que son ombre n'attend ;

Mais aussi, par ma mort vers elle dégagée,

Rendez heureux mon frère après l'avoir vengée o (1647-56).

11S7. Quitte est plutôt aujourd'hui du langage de la comédie; mais Corneille l'employait dans la tragédie, en l'appliquant même aux choses :

Ta gloire est dégagée et ton devoir est quitte.

[Cid, v, 7.)

Dans une situation qui a plus d'une analogie avec celle-ci, Rodrigue dit aussi

à Chimène :

Mais quitte envers l'honneur et quitte envers mon père, C'est maintenant à toi que je viens satisfaire. (III, iv.)

1189. A, dans le sens de pour, se retrouve au v. 1734.

1190. « Peut-on sérieusement dire à Rodogune : Tuez l'un de nous deux et épousez l'autre ; et se complaire dans cette pensée aussi froide que barbare, et la retourner en deux ou trois façons? Corneille fait dire à Sabine dans les Horaces :

Que l'un de vous me tue, et que l'autre me venge.

Il répète ici cette pensée, mais il la délaye, il la rend insipi^. » (Voltaire.) Rien de plus juste, nais e?t-on sur qu'Antiochus lui-même, si maître de lui d'ordinaire, ne joue pas ici un rôle? Est-ce au moment où Séleucus vient de renoncera Rodogur e qu'il vient proposer sincèrement à Rodogune d'épouser son frère? Comme Rodrigue, dans sa seconde entrevue avec Cliimène, n'attend-il pas un mot, un aveu qui l'affermira dans sa lutte contre sa mère ? Cet aveu arraché à Rodogune, ne triomphera-t-il pas, lui aussi?

1194. V»r : « Et de reconnaissance et de sévérité » (1647-56).

1190. Salaire, récompense, comme loyer, s'employait alors couramment dans le style tragique, au singulier et même au pluriel.

„ Aux grands périls le salaire enhardit.

[Œdipe, I, iv.) Tôt ou tard le mérite a ses justes salaires.

[Agésilas,v. 1CG8.)

1198. « Enfin Rodoguno passe tout d'un coup de l'assassinatà la tendresse. La petite finessf du soupir qui va vers l'ombre d'un père, et Rodogune qui

102 RODOGU.NE.

ANTIOCHUS

Est-ce encor le Hoi que vous plaignez î Ce soupir ne va-t-il que vers l'ombre d'un peu»:'

KODOGU ■ B .

Allez, ou pour le moins rappelez votre frère : 1200

Le combat pour mon âme était moins dangereux

Lorsque je vous avais à combattre tous deux :

Vous êtes plus fort seul que vous n'éliez ensemble;

Je vous bravais tantôt, et maintenant je tremble.

J'aime; n'abusez pas, Prince, de mon secret : 1205

Au milieu de ma haine il m'échappe à regret;

]\lais enfin il m'échappe, et cette retenue

Ne peut plus soutenir l'effort de votre vue.

Oui, j'aime un de vous deux malgré ce grand courroux,

Et ce dernier soupir dit assez que c'est vous. 4 240

Un rigoureux devoir à cet amour s'oppose : Ne m'en accusez point, vous en êtes la cause; Vous l'avez fait renaître en me pressant d'un choix Qui rompt de vos traités les favorables lois. D'un père mort pour moi voyez le sort étrange : 1215

tremble d'aimer forment ici une pastorale. Quel contraste! La proposition

d'assassiner une mère est d'une furie; et cet hélas! et ce soupir sont d'une bergère. » (Vultaire.) Voyez à ce sujet l'Introduction.

Var. « Hélas! — Sont-ce les morts ou nous que vous plaignez? Soupirez-vous pour eux ou pour notre misère? » (Ki47-.jG).

1200. « Remarquez qu'une femme qui dit deux fois mon soupir m'échappe est une femme à qui rien n'échappe, et qui met. un arl grossier dans sa conduite. » (Voltaire.) Il faudrait pourtant s'entendre : Eodogune est-elle, on uns criminelle, ou une bergère, ou une comédienne, ou tout cela ensemble, ce qui parait difficile ? Quand Rodogune semble pencher vers le crime, Voltaire s'indigne; quand elle renonce au crime, il s'étonne et rit. Dans le premier cas, il veut absolument croire à sa sincérité; mais il refuse d'y croire dans le second. l'M-il vraisemblable qu'ici, et Ici seulement, elle joue la comédie? sou aveu esi grave, et les conséquences en peuvent être funestes pour elle.

1208. « Ne peut plan soutenir l'effort de votre vue, quelle expression (Jamais le mol propre! Ce n'est pas là le ru/lus minium lubrioin inhpiri d'Horace. (Voltaire.) Effort a, chez Corneille, un sens beaucoup plus étendu que ne lo eroit Voltaire u Cette tragédie, lit-on dans l'Examen U'Hcracliw, a encore plus d'effort d'invention que celle de (iodogun-e: » Mais los vers de NfcomèUe il~7ô-'ij sont plus significatifs :

je le désavouerais, s'il n'était magnanime. s'il manquait a remplir r,a.,i de mon estime,

.lit Laodice de Nicomède.

L211. D'autres éditions donnent « à cette amour. »

1218. " Cela n*es1 pas tramais : on ne presse point d'une chose. » (Voltaire.) Molière adit pourtant, dans VtCOle dd (finiic* :

Toute la courtoisie enfin dont je voua presse,

(.'«•si que r puisse von- votre i"'11" mal ress IV, iv.)

1215. Volt un' trouve étrange faible el nus là pour la rime; il sorail plus ju ' ■ do dire que Le sens de ce t s'esl affaibli. • Corneille ut Racine eu:-

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