SCENE II
ANTIOGHUS.
Les plus doux de mes vœux enfin sont exaucés :
Tu viens de vaincre, amour; mais ce n'est pas assez. 12250
Si tu veux triompher en cette conjoncture,
Après avoir vaincu, fais vaincre la nature,
Kt prète-lui pour nous ces tendres sentiments
Que ton ardeur inspire au cœur des vrais amants,
l"2-n. Ingrat «.suivant Voltaire, « n'est pas français ». M. Marty-Laveaux montre pourtant que les pièces de Corneille et de Racine en fournissent de nombreux, exemples, et que Voltaire lui-même s'en est servi plus d'une fois :
Ingrat à tes bontés, ingrat à ton amour...
[Mort de César.)
M. Littré cite des exemples de Régnier et de Bossuet; M. Geruzez rappelle le vers à'Andromaque : (V, i) :
Muet à mes soupirs, tranquille à nies alarmes.
11 eût pu citer ces vers de Bérénice, plus probants encore :
Ces mêmes dignités Ont rendu Bérénice ingrate à vos bontés. (I, m.}
Qu'en eût dit Voltaire, qui aime à s'écrier : « Ce n'est pas là Racine ! »
1 248. Si l'on en croyait Voltaire, ce vers ne serait pas plus français que le précédent, qui l'est, d'ailleurs, tout à fait. M. Gerazez, moins tranchant, se contente d'écrire : « On dirait aujourd'hui : Ne me revoyez qu'avec. Ce n'est pas la faute de Corneille, si on a depuis proscrit cette forme plus énergique de négation qu'il emploie. » Vaugelas, le premier, l'a condamnée (Remarques, p. 405-G); mais Corneille n'a jamais cru la condamnation, délinitivo :
L'offense une fois faite à ceux de notre rang Ne se sépare point que par des Ilots de sang.
[Nlcontide, v. 1226.)
1254. En critiquant ce monologue, dont le ton est trop celui du madrigal. Voltaire revient sur la scène précédente : « Pourquoi, se demande-t-il, Rodrigue et Chimène parlent-ils si bien, et Antiochus et Rodogune si mal? C'est que l'amour de Chimène est véritablement tragique, et que celui de Rodogune et d'Antiochus ne l'est point du tout: c'est un amour froid dans un sujet terrible. » Il n'est pas tout à fait juste, nous l'avons vu, de dire que cet amour est froid, puisqu'il est un des grands ressorts du drame; mais il est vrai qu'il le semble parfois, et qu'il est écrasé par un si redoutable voisinage. Quant à Ja comparaison entre le Cid et Hodoywic, elle est à peu près impossible. Ni les
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Cette pitié qui force, et ces dignes laible.>-c- IZo'ô
Dont la vigueur détruit les fureurs vengeresses. Voici la reine. Amour, nature, justes Dieux. Faites-la-moi fléchir, ou mourir à ses veux.