ACTE IV, SCÈNE VI
El qu'on croil amuser de fausses patiences 1435
Ceux dont en l'âme ou craint les justes défiances.
SELEUCUS
Quoil je conserverais quelque courroux secret!
CLEOPATRE
Quoi! lâche, tu pourrais la perdre sans regret,
Elle de qui les dieux te donnent l'hymenee,
Elle dont lu plaignais la perte imaginée? I440
t, suspendre. Au dehors vent dire à l'extérieur, eu apparence; Cléopâtre veut doue faire entendre que Séleucus essaye de voiler un dépit très réel. l fâô. Amuser, « occuper, abuser par une diversion ou une illusion. » (M. Ma rt y -La veaux.)
L'amour me parlait trop, j'ai voulu l'amuser.
[Don Sancîie, v. 416.
De ce peuple mutin amuser la fierté.
[Nicomlde, v. 1650.)
Pison peut cependant amuser leur fureur.
[Othon, v. 2.)
En l'dme, au fond de l'âme; co sont les sentiments intérieurs opposés aux dehors. — Patiences, très rare au pluriel; cependant Benserado l'a employé dans ce fameux sonnet de Job, qui, opposé au sonnet à Uranie, de Voiture, divisa la cour en Uranins et en Jobelins •
Job, de mille tourments atteint, Vous rendra sa douleur connue ; Et raisonnablement il craint Que vous n'en soyez point émue.
Vous verrez sa misère nue ;
Il s'est lui-même ici dépeint :
Accoutumez-vous à la vue
D'un homme qui souffre et se plaint.
Bien qu'il eût d'extrêmes souffrances On voit aller des patiences Plus loin que la sienne n'alla :
Il souffrit des maux incroyables; Il s'en plaignit, il en parla : J'en connais de plus misérables.
11 nous a paru <:Heux de rappeler ce qu'on admirait en plein xvne siècle. Cofneille (qui sans ù<*ute eût incliné du côté de Voiture, défendu par la sœur de Condé), invité à i jnner son avis, trouva moyen d'écrire trois pièces de vers sans se prononce/ ; mais il n'eût pas condamné des patiences. Benserade, qui écrivait son sonnnt en 1619, n'avait fait peut-être que se souvenir de liodoyune, représentée cinq ans auparavant. « Quoique M. de Balzac, dit Ménage, se soit fort écrié contre ce mot et ce nombre, jo ne doute point qu'on no puise fort bien dire : On a ru des patiences plus grande* que celle de Job. :st donc pas tant le mot de patiences qui est à reprendre en ces vers que la façon de parler : Voir aller des patiences. Et c'est aussi ce qui a été partilicuèrement repris par M. Sarazin dans la glose :
Avec mes vers une autre fois, N>- mettez plus dans vos balances Des vers, où sur des palefrois On voit aller des patiences. »
{Observations, p. î'M.)
141k. Imaginée, participe pav>>3 peu commun, en ce sons.
1K0 HOOOGUiNE.
SÉLEUCUS
Considérer sa perte avec compassion, Ce n'est pas aspirer à sa posses-ion.
cléopatri:.
Que la mort la ravisse ou qu'un rival l'emporte, La douleur d'un amant est également forte; Et tel qui se console après l'instant fatal 1 Mo
Ne saurait voir son bien aux mains de son rival : Piqué jusques au vif, il tâche à le reprendre; 11 fait de l'insensible, afin de mieux surprendre; D'autant plus animé, que ce qu'il a perdu Par rang ou par mérite à sa flamme était du. 1 150
SÉLEUCUS
Peut-être; mais enfin par quel amour de mère Pressez-vous tellement ma douleur contre un frère ? Prenez-vous intérêt à la faire éclater?
CLÉOPATRE
J'en prends à la connaître et la faire avorter;
J'en prends à conserver malgré toi mon ouvrage 1 4"> >
Des jaloux attentats de ta secrète rage.
SÉLEUCUS
Je le veux croire ainsi; mais quel autre intérêt
Nous fait tous deux Aînés quand et comme il vous p'.ail?
Qui des deux vous doit croire, et par quelle justice
Faut-il que sur moi seul tombe tout le supplice, 1 160
Et que du même amour dont nous sommes blessés
I! soit récompensé, quand vous m'en punissez?
1 ! 15. L'instant falal est vague; nous préférons la variante :
Et tel qui se console après un coup fuial (1047-56).
L450. « Tout cela est très mal exprimé, et est d'un Btyle familier ol Ins, / ne chose dur pur rang n'est pas français. » (Voltaire.; Sur ptquè et làclia voyez les notes des v. 231, 811, 1281. — Faite de l'insensible, poux faire l'in sensible; les deux tournures étaient alors également usitées dans le sens do jouer an >ûlr; voyez le v. G69.
Ce serait à vos yeux /«i're la souveraine.
[ITicomSde, v. 700.)
Tantôt, en le voyant, f ai fait de L'effl
[Cid, v.
.l'ai fait du souverain et j'ai tranché du brave.
[Rotroi , r. neeslai, IV, u.j
L451. Sélencni esl i i plus clairvoyant; nous avons dé; £ mirqué que, --'il est impétueux, ii n'est pas aveugle; alors qu'Autiochus ai ' «■ A fermor les yeux, i! pénètre jusqu'au fond rie l'âme si i eu maternelle d*: Oiéopatre, et la juge. Voir la dernière scène de l'acte II.
i 161. Sur blcssrs, voyez la note du v. 1806; ce met se dit surtout, au ligure, dfl l'amour :
je no lui cachais point combien J'étais v< * <■.