‹ Théâtre de Pierre CorneilleChapitre 406 sur 420 · ACTE V, SCÈNE T · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE T

Il faut ou condamner ou couronner sa haine.

Dût le peuple en fureur pour ses maîtres nouveau* 1525

De mon sang odieux arroser leurs tombeaux,

Dût le Parthe vengeur me trouver sans défense,

Dût le ciel égaler le supplice à l'offense,

Trône, a l'abandonner je ne puis consentir:

Far un coup de tonnerre il vaut, mieux en sortir; 1530

Il vaut mieux mériter le sort le plus étrange*

Tombe sur moi le ciel, pourvu que je me venge!

qu'elle es1 incomplète, risque do ne pas être impunie. Compare/ à ce monologue, aussi politique que passionné, les vers duZvosrocs, de Rotrou :

D'un trône, où L'on se veut établir sûrement Le sang des ennemis est le vrai fondement. Il faut de son pouvoir d'abord montrer des marques, Et la pitié n'est pas la vertu des monarques... Le pouvoir tombe mal en des cœurs abattus; Avec le nom de roi prenons-en les vertus; Jusque dan* noire sang exterminons le crime... Un cœur né pour régner est capable de tout. (III, 1.)

1524. Couronner, mettre le comble à, accomplir jusqu'au bout ;

Loin de t'excuser, tu couronnes ton crime.

[Cinna, v. lo58.l

1525. Yar. « Cette sorte de plaie est trop longue à saigner,

Pour en vivre impunie, à moins que de régner.

Régnons donc aux dépens do l'une et l'autre vie,

Et, dût être leur mort de ma perte suivie... » (1647-36) .[

1526. Les éditions antérieures à 1660 donnent toutes arrouser, que condamne Ménage. — Arroser, au figuré, comme dans le Cul:

Du sang des Africains arroser ses lauriers (v. 543).

1528. On ne peut éviter la suprême justice

Qui toujours au forfait mesure le supplice.

(Rothou, Célimùne, III, iv.)

1330. «M. de Pomponne demanda s'il ne pourrait point avoir l'honneur de pari r au roi et savoir, de sa bouche, quelle faute avait attiré ce coup de tonturre. » (Mmc de Sbvioné, lettre du 22 novembre 1679) La même Mmc de Sévigné, cit^ p;ir m. l.ittré, dit, avec plus de hardiesse encore : « Des coups de tonn rre de bonheur.» (Lettre du 19 décembre 1670.) En général pourtant on emploie au figuré coup de foudre:

Soutiens-moi, Fabian : ce coup de foudre est grand.

{Pulyeucte, v. 407. )

Qu'est ceci, Fabian? Quel nouveau coup de foudre Tombe sur mon bonheur, et le réduit en poudre?

\Ibid., v. 13G7.)

1531. •< Il est bien plus étrange qu'un vers si oiseux et si faible se trouve entre deux vers si beaux et m forts, t (Voltaire.) Sur le mot etrmije, dé]à critiqué par Voltaire, et plus fort qu'il ne le croit, voyez la note du v. 1215.

15;-2. •< On Bail bien que le ciel ne peut tomber sur une personne; mais cette idée, quoique très fausse, était reçue du vulgaire; elle exprime toute la fureur de Cléupâtre, elle fait frémir.» (Voltaire.) Voila un éloge un peu froid d'un vers qui exprime non seulement tout le caractère, mais toute ia politique

ISS P.ODOf.UNE.

J'en recevrai le coup d'un visage remis :

Il est doux de périr après ses ennemis,

Et de quelque rigueur que le destin me traite, ISSo

Je perds moins à mourir qu'à vivre leur sujette.

de Cléopâtre. M. Geruzez dit, avec plus do chaleur : « Ce couplet tout entier est de la plus grande beauté, et nulle part le pinceau de Corneille na été plus sûr et plus énergique. Cyrano de Bergerac a imité ce vers dans son Agrippine :

Périsse l'univers, pourvu que je me venge! »

Comme le fait remarquer M. Littré, le ciel autrefois était supposé solide; de là cette expression qui n'a rien d'exceptionnel :

Souffrez que ma vertu dans mou cœur rappelée Vous consacre une loi lâchement violée, Mais si ferme à présent, si loin de chanceler Que la chule du ciel ne pourrait L'ébranler.

[China,

Qui ne connaît les vers d'Horace sur le juste impassible :

Sifractus illabatvr orbis, Jmpavidum ferienl ruinœ.

[Odes, III, m.) 1533. Remis, venant de nm issu. s, reposé, tranquille :

Pour venger un affront tout semble être permis Et les occasions tentent les plus remis.

{Poh/eucte, v. 10 40.,

M. Littré, qui constate que ce sens vieillit, cite les vers de Régnier

Tout courtois il me suit, et d'un parler remis : Quoi, monsieur, est-ce ainsi qu'on traite ses amis?

(Satire X.)

Bossuct a dit aussi « une contcnanco remise et posée ».

Iô84. Douze ans avant Rodogune, dans son Hercule mourant (1632), Rot r ou

avait écrit :

On se perd doucement quand on perd ee qu'on hait. Et qui tue en mourant doit mourir satisfait... (Il, Ul ,

1.">:3.j. Traiter de pour traiter avec; on trouve dans Mèdée et Pohiemle « traiter de mépris .. traiter d'entière confidence...» (c'est-à-dire avec une entière confiance), et dans ['Imitation « traiter d'oubli.» Molière a dit aussi :

El traitant de méprit les sens et la matière,

A l'esprit, comme nous, donnez-vous tout entière.

[Femmtt savantes, I, I.)

1586. Var. « Mourir est toujours moins que vivre leur sujette » (1647-56). Rotrou, qui est souvenl L'écho, un peu affaibli, de Corneille, a repris cet u pensée dam un assez beau vers :

On ne peut mieux tomber du trône qu'an OerOUeil

[Cotrott, v. ''\.}

Quant au vers de Corneille, il résume à merveille on monologue où les apostrophes sont peut-être trop prodiguées, mais qu anime, «l'un boul à l'autre, un i ■ cornélien, et qui d'ailleurs est nécessaire Corneille, avant de montrer

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