‹ Théâtre de Pierre CorneilleChapitre 411 sur 420 · ACTE V, SCÈNE 1IÏ · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE 1IÏ

Je lui rends cel État que j'ai sauvé pour lui,

Je cesse de rêgn,er; il commence aujourd'hui.

Qu'on ne me traita plus ici de souveraine;

Voici votre roi, peuple, et voilà votre reine. 1380

Vivez pour les servir, respectez-les tous deux.

Aimez-les, et mourez, s'il est besoin, pour eux.

Oronle, vous voyez avec quelle franchise Je leur rends ce pouvoir dont je me suis démise : Frétez les yeux au reste, et voyez les effets 1585

Suivre de point en point les traités de la paix.

(Laonice revient avec une coupe à la main], ORONTE.

Votre sincérité s'y fait assez paraître, .Madame, et j'en ferai récit au roi mon maître.

CLÉOPATRE

L'hvmen est maintenant notre plus cher souci.

L'usage veut, mon fils, qu'on le commence ici : 1500

Recevez de ma main la coupe nuptiale,

Seulement on substitua plus tard sur à dans, comme dans le vers de Cinna, qu'il faut lire ainsi :

Pour monter dans le trône et nous donner des lois.

« Autrefois le mot trône désignait, soit simplement le siège royal et dans ce cas on disait: sur le trône; soit toute la construction fermée plus ou moins par des balustres ou par quelque autre clôture, et contenant le siège ; ce second sens, qui expliquo très bien l'emploi des prépositions dans, en, hors de, vM beaucoup plus fréquent que l'autre, non pas seulement chez Corneille, mais en général chez les écrivains de son temps. » (M. Marty-Laveaux.)

1583. Elle a raison, du moins en apparence, et l'on ne s'étonne pas qu'Oronle lui-même s'y laisse tromper. Ce ton chaleureux et convaincu ferait illusion au plus fin diplomate. C'est dans ces parties de haute comédie que Ciéopàtre excelle; c'est par cette admirable possession de soi-même que son caractère est original, plus que par ses fureurs un peu rnonotonos; elle ne s'abandonne tout à fait que lorsqu'elle voit tout perdu; jusque-là, même d ins les moments les plus critiques, elle s'applique à garder son sang-froid, et y réussit le plus souvent.

l.'»85. « Pourquoi dit-on prêter l'oreille et que fréter les yeux n'est pas français? n'est-ce point qu'on peut s'empêcher à toute force d'entendre, en détournant ailleurs s >n attention, et qu'on ne peut s'empêcher de voir, quand on a les yeux ouvens? » La distinction de Voltaire est fort ingénieuse et vraie sans doute ; mais Corneille emploie dans des acceptions très diverses le verbe prêter, auquel il donne toute l'étendue de sens du verbe latin prœstare ; M. Marty- Liveaux dans son Lexique en fournit de très nombreux exemples. Dans Y/llunion comique (V, v), Corneille réunit en un seul vers les deux locutions entre lesquelles Voltaire distingue :

Même notre grand roi, ce foudre de la guerre,

Le front ceint de lauriers, daigne bien quelquefois

Prêter l'œil et l'oreille au théâtre françois.

1" 7. Sur la tournure s'y faire paraître, voyez la note du v. 1541.

194 RODOGUlfE.

Pour être après unis sous la loi conjugale; Puis^e-t-elle être un gage, envers votre moitié, De votre amour ensemble et de mon amitié!

ANTIOCHUS, prenant la coupe.

Ciel ! que ne dois-je point au\ bontés d'une mère! 1595

CLÉOPATRE

Le temps presse, et votre heur d'autant plus se diffère.

ANTIOCHUS, à Rodogune.

Madame, hâtons donc ces glorieux moments : Voici l'heureux essai de nos contentements. M.iis si mon frère était le témoin de ma joie...

CLÉOPATRE

C'est être trop cruel de vouloir qu'il la voie : 1600

Ce sont des déplaisirs qu'il fait bien d'épargner,

1502. Ap'ès, pris adverbialement pour ensuite:

Après, ne me réponds qu'avecque cette épée.

[Cid, v. 857.) Tu te justifieras après, si tu le peux.

[Cinna, v.1480.]

On emploie moins aujourd'hui qu'au xvne siècle après absolument; voyez le v. 1841.

1598. Moitié se disait alors, pour femme, même dans le style tragique :

Rends-toi digne du nom de nia chaste ma

{Horace, IV, vu.)

0 d'un illustra époux noble et digne moitié.

[Pompée, III, v.)

Restes du grand Pompée, écoutez sa moiii'.

[Ptmpée, V, i.l

Voltaire approuve ce dernier emploi; aujourd'hui moitié n'est plus guère usité que dans le style (huilier.

1598. Voyez sur hmr la noto du v. 54. — h'mittf I pluR, employé absolu-

nient, sans rptr :

Cinna seul dans sa rage s'obstine, El contre vus bontés d'autantplui se mutine,

[fimtn, v. lOflO).

1598. Sur rontriihiiirnts. voir la noto <bi v. 1874. E&êCti vont dite Ici in.uit-

ii d'un cruel refus l'insupportable injure

\ 'était qu'un Enlble essai des tourments que J'endure*

(Mettre, IV, vi.)

1001 . Nous avons déjà remarqué combien le mot «le déplttttirs avait perdu de sa force primitive m. (Jeruz.e.z observe avec raison qu'il tau Irait <(r s'rparyner.

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