SCENE IV
CLÉOPATRE, ANTIOCHUS, RODOGUNE, ORONTE, TIMAGÈNE, LAONICE. Troupe.
Ah! seigneur!
C LÉOPATRE.
Timagène, Quelle est votre insolence !
TIMAGÈNE
Ah! madame!
ANTIOCHUS, rendant la coupe à Laonice.
Parlez. 1005
TIMAGÈNE
Souffrez pour un moment que mes sens rappelés...
ANTIOCHUS
Qu'est-il donc arrivé?
TIMAGÈNE
Le prince votre frère...
1002. Avoir droit est très souvent appliqué aux choses par Corneille î
Sa présence toujours a droit de vous charmer.
[Polyeucte, v. 1590.)
Le Capitule a droit d'en craindre un coup de maître.
[Niromhle, v. 920.)
Sans doute un tel service aura droit de me plaire
(Sertorius, V. 1157.) 1004. N'importe; voyez la note du v. 1487.
1006 Var. « Je ne puis : la douleur a tous mes sens troublés «(1647-50). La construction que donne la variante, a mes sens troublés, pour a troubhiiirs sens, est très usitée à cette époque. — {{appeler, pris au figuré, n'est pas . moins fréquent :
Rajypelez, rappelez cette vertu sublime.
[Cinna, V. 1349.)
Au fort de ma douleur, tu rappelles ma crainte.
[Polyeucte, V.'l>78.)
Wft RODOGUNE.
ANTIOCHUS
Quoi! se voudrait-il rendre à mon bonheur ronlraîre?
L'ayant cherché longtemps afin de divertir
L'ennui que de sa perte il pouvait ressentir, 1GI0
Je l'ai trouvé, seignmr, au bout de cette allée
Où la clarté du ciel semble toujours voilée.
Sur un lit de gazon, de faiblesse étendu,
Il semblait déplorer ce qu'il avait perdu;
1608. Se rendre, se faire, devenir :
Il se rendra facile à conclure la paix.
[Sertorius, v. 1733.)
Ce fils donc, qu'a pressé la soif de sa vengeance, S'est aisément rendu de son intelligence.
lA'icomtde, v. 312.)
Use rend complaisant à tout ce qu'elle dit.
[Tartuffe, III, i.)
1609. Dioerlir, détourner, distraire ; MM. Littré et Marty-Laveaux en citent de très nombreux exemples, empruntés aux auteurs du xvi<-' et du xvnc siècle. Mais le poète contemporain de Corneille qui prodigue le plus ce mot, pris dans son sons étymologique, c'est Rotrou, dont la langue, même dans ses pièces plus récentes, est plus vieille que celle de son ami : il aime surtout la locution (lirerti1 In mort, qui semblerait aujourd'hui singulière :
0 favorable sort, Qui de deux innocents a diverti la mort !
[Hercule mourant, V, T.J
Le sort.
Se sert de ce moyen peur divertir ma mort.
[Célmitmc, II, v.)
Rien ne peut divertir le dessein que j'en fais.
[Ibld., IV, m.)
Quoi malheur survenu divertit nos plaisirs?
[La Pèlerine, I, II.)
0 dieux, divertissez ses funestes desseins!
[Tbid., IV. vu.)
Si nous pouvions encor divertir son trépas! [Filandre, IV, m.)
1610. On a déjà vu combien s'est affaibli do notre temps te sens do co mot ennui, si énergique au temps de Corneille. — De ta perle, do La perte qu'il avait faite en perdant Rodoguno.
1611. Le l.r.ii'/ur de Corneillo no douno que cet exemplo du mol allée pris dans le Rens d'avenue plantée d'arbres. Cette allée dont « l'obscure clarté • semble si bien faite pour abriter la doulour et la mort de Séloucua, est comme un coin de natur 0 rapidement entrera. No nous hâtons pas d'admirer pourtant : tel romans avaient mis à la mode ces allées mystérieuses, ces torrasses ombragées, qui s'offraient juste à point aux amants heureux ou malheureux. Ce n'est '-n 'Mlleurs qu'un trait fugitif: toutes les intrigues so nouent et so dénouent à l'intérieur do co palais oriental. On n'a pas le temps do s'arrêter à déenro un paysage.
1614. pari t II semblait soupirer co qu'il avait perdu » (1641-50).