‹ Théâtre de Pierre CorneilleChapitre 414 sur 420 · ACTE V, SCÈlNE IV. 20i · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈlNE IV. 20i

0 frère, plus aimé que la clarté du jour! O rival, aussi cher que m'était mon amour! Je te perds, et je trouve en ma douleur extrême 1655

Un malheur dans ta mort plus grand que ta mort môme. O de ses derniers mots fatale obscurité! En quel gouffre d'horreur m'as-tu précipité? Quand j'y pense chercher la main qui l'assassine, Je m'impute à forfait tout ce que j'imagine; 1 600

Mais, aux marques enfin que tu m'en viens donner. Fatale obscurité, qui dois-je en soupçonner? « Une main qui nous fut bien chère! » Madame, est-ce la vôtre, ou celle de ma mère? Vous vouliez toutes deux un coup trop inhumain; 1665

îSous vous avons tous deux refusé notre main : Qui de vous s'est vengée? est-ce l'une, est-ce l'autre, Oui fait agir la sienne au refus de la nôtre? Est-ce vous qu'en coupable il me faut regarder? Est-ce vous désormais dont je me dois garder? 4 670

1653. La elarté du, jour, comme au v. 1648, la lumière; c'est uno locution familière aux Grecs, amoureux de la lumière et du soleil, uit'aùvà; ^"kioio (Homère). M. Geruzez rappelle le vers de Catulle :

Vitâfrater amubllior.

1GG4. « Il n'y a point, de situation plus forte, il n'y en a point où l'on ait

forte plus loin la terreur et cette incertitude effrayante qui serre l'Ame dans attente d'un événement qui ne peut être que tragique. Ces mots terribles :

« Une main qui nous fut bien chère ! » Madame, est-ce ]a vôtre, ou celle de ma mère?

ces mois font frémir, et ce qui mérite encore plus d'éloges, c'est que la situation est aussi bien dénouée qu'elle est fortement conçue. Cléopâtre. avalant elle-même le poison préparé pour son fils et pour Rodogune, et se flattant encore de vivre assez pour les voir périr avec elle, forme un dénouement admirable ». (La Harpe.)

1G"Î0. Voltaire remarque ici qu'on s'étonne de voir Anliochus acaiser celle qu'il aime. Rodogune n'avait pas intérêt à tuer Séleucus; d'ailleurs, quand l'aurait-ellc tué? Oronte, la cour, Antiochus lui-même no l'ont guère quittée. On peut ajouter que Rodogune, malgré sa proposition du troisième acte, n'est plus tout à fait dans la même situation que Cléopâtre, du moins aux yeuxd'Antiochus. Celle-ci n'a cessé d'accu/ulcr promesses, menaces, mensonges même pour pousser les deux princes au crime ; loin do s'affaiblir, sa fureur et sa haine se sont exaltées de plus en plus. Rodogune, au contraire, a déclaré à Antiochus qu'elle lui en voudrait, s'il lui obéissait; mais, en de pareilles circonstances, Antiochus ne raisonne guère ; rien n'a pu l'empêcher, dans le passé, de réunir dans le même respect sa mère et Rodogune; pourquoi bétonner qu'il les confonde maintenant dans la même défiance? Concluons donc avec Voltaire : « Il est très beau qu'Antiochus puisse balancer entre sa maîtresse et sa mère... Cette situation est des plus théâtrales, elle ne permet pas aux spectateurs de respirer... Le succès prodigieux de cette scène est une grande réponse à tous ces critiques qui disent à un auteur : Ceci n'est pas assez londé, cela n'est pas assez préparé. L'auteur répond : J'ai touché, j'ai enlevé le public. L'auteur a raison, tant que le. public applaudit. » Avant Voltaire, Molière l'avait dit, dans la Critique de l'Ecole des femmes; m:u°s Vo'ta>re est-il sûr de ne pas se condamner ici lui-même?

C L lî O P A TKK.

Quoi! vous me soupçonnez?

Ouoi ! je vous >uis suspecte ?

ANTIOCHUS

Je suis amant et fils, je vous aime et respecte ;

Mais, quoi que sur mon cœur puissent des noms si doux,

A ces marques enfin je ne connais que vous.

As-tu bien entendu? dis-tu vrai, Tiinagène? I67'>

T I II A g i: N li .

Avant qu'en soupçonner la princesse ou la reine, Je mourrais mille ibis; mais enfin mon récit Contient, sans rien de plus, ce que le prince a dit.

ANTIOCHUS

D'un et d'autre coté l'action est si noire

Que, n'en pouvant douter, je n'ose encor la croire. 1680

0 quiconque des deux avez versé son sang,

Ne vous préparez plus à me percer le flanc.

Nous avons mal servi vos haines mutuelles,

Aux jours l'une de l'autre également, cruelle.-;

Mais si j'ai refusé ce détestable emploi, 16

Je veux bien vous servir toutes deux contre moi :

Oui que vous soyez donc, recevez une vie

Que déjà vos fureurs m'ont à demi ravie.

Ah! seigneur, arrêtez!

1678. Var. i Contient, seigneur, teuuplu*, ee que lu prince ;t dit «(1647-G I.

1C~'J. D'un cl- (l'autre calé, pour : de l'un et de l'au r: cul", des deux Côlésj comme on dit : d'une et d'autre part. Ou sait que Corneille supprime volontiers l'article. Plus bas, au v. KJS4, la construction l'une de l'autre est aussi à noter.

1082. Voyez la note du v. 1182. L'expression •pfmer le flanc, dit M. Mari vj.aveaux, « pour avoir été employée dans uni1 cnaiiMiu burlesque, est devenue comique, et l'on hésiterait maintenant à L'employer dans le style He\

1685. Le sens du mot emploi s'est un peu modifie ; on s'en senait alors dans les acceptions les plus nobles :

Mais quel indigne empZo» uioi-métyc m'imposé-je? (Hacim:, Bqjazt i: IV, n.)

lli.'UH'ux qui vit elitv. soi.

De régler bob désirs faisant tout son . mphi.

[La FOKl vi.m:. Fables, VU, \n.|

1086. ./'■ veux bien, çonstraotion qui serait aujourd'hui peu nette; je mi.r roué servir bien, ne Laisserait place a aucune équivoque, mais serait lourd; ce

vers est la contre partie du v 1683.

1688. anliochuaveut-ildirequ'ilne vit plus qu'à moitié? H faul voir plutôt dans paroles un Jouchanl rogret de la mort de Séleueus, qui était comme une moitié dé luirméïpe : vitm dimidium (Horace). après ce vers. l'editioD if

■ rçjoutc ce jeu de scène : // tire non épé» ol 1 1 ni • tuer

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