‹ Théâtre de Pierre CorneilleChapitre 415 sur 420 · A NT I OC H US · texte numérisé non relu

A NT I OC H US

Je sers? ou l'une ou l'autre, et je préviens ses coups. 4090

CLÉOPATRE

Vivez, régnez heureux.

ANTIOCHUS

Otez-moi donc de doute, Et montrez-moi la main qu'il faut que je redouie, Qui pour m'assassiner ose me secourir, Et me sauve de moi pour me faire périr. Puis-je vivre et traîner cette gène éternelle, 16U5

Confondre l'innocente avec la criminelle, Vivre, et ne pouvoir plus vous voir sans m'alarmer. Vous craindre toutes deux, toutes deux vous aimer? Vivre avec ce tourment, c'est mourir à toute heure. Tirez-moi de ce trouble, ou souffrez que je meure, 1700

Et que mon déplaisir, par un coup généreux, Épargne un parricide à l'une de vous deux.

CLÉOPATRE

Puisque, le même jour que ma main vous couronne, Je perds un de mes fils, et l'autre me soupçonne,

1695. Yar. « Puis-je vivre et traîner le soupçon qui m'accable,

Confondre l'innocente avecque la coupable? » (1641-56).

c On ne traîne point une gêne. Mais le discours d'Antiochus est si beau que cette légère faute n'est pas sensible. » (Voltaire.) Voyez le verbe gêner aux v. 18, 267 et 1053. « Gêner, dit M. Marty-Laveaux, vient de gehenna, qui, dans le Nouveau Testament, désigne l'enfer, par allusion à la vallée de Geennom, voisine de Jérusalem, et où les Juifs, qui y avaient adoré les idoles, auxquelles ils immolaient leurs propres enfants, établirent ensuite une voirie. Nicot explique ce mot, qu'il écrit geine, géhenne ou ejenne, par torture ou question ; c'est, en effet, le sens qu'il avait alors au propre, ce qui en faisait une expression liguréc d'une très grande énergie. » On peut donc le dire avec M. Geruzez : cette « légère faute » est une beauté qui rappelle le trait de Virgile : luctumque Ir alun tes

170L. Selon Voltaire, il faudrait désespoir plutôt que déplaisir. Cela est vrai ; mais, au xvnc siècle, déplaisir pouvait sembler aussi énergique que désespoir; voyez les v. 90 et 1814.

1702. « On ne se sert pas seulement du mot parricide pour signifier celui qui a tué son père, comme la composition du mot le porte, mais pour tous ceux qui commettent des crimes énormes et dénaturés de cette espèce, tellement qu'on le dira aussi bien de celui qui aura tué sa mère, son prince, ou trahi sa patrie. que d'un autre qui aurait tué son père; car tout cela tient lieu de père. » (Vaugelas, Remarques.) Or ici, observe M. Marty-Laveaux, c'est Antiorhus qui parle : fils de Cléopâtre, amant de Rodoguno, il est souverain de toutes les deux. De même dans (Anna, la conspiration, dirigée contre Auguste, est appelée un « parricide » ; de même Stratonice appelle « parricide » Polyeucte, ennemi de l'Etat et des dieux. Mais, comme le fait observer Henri Estienne dans son Apologie pour Hérodote, « souvent la signification de ce mot s'étend plus avant; » il désigne alors, non plus seulement, comme dans Horace, ce que nous appellerions un fratricide, mais tout crime particulièrement énorme.

1703. Que pour où; voyez le v. 705.

M KODOGl'M:.

Qu'au milieu de mes pleurs, qu'il devrait essuyer, 4705

Son peu d'amour me force à me justifier,

Si vous n'en pouvez mieux consoler une mère

Qu'en la traitant d'égal avec une étrangère,

Je vous dirai, seigneur (car ce n'est plus à moi

A nommer autrement et mon juge et mon roi), 4 710

Que vous voyez l'effet de cette vieille h.iine

Ou'en dépit de la paix me garde l'inhumaine,

Qu'en son cœur du passé soutient le souvenir,

Et que j'avais raison de vouloir prévenir.

Elle a soif de mon sang, elle a voulu répandre : 1715

J'ai prévu d'assez loin ce que j'en viens d'apprendre;

Mais je vous ai laissé désarmer mon courroux.

(A Rodogune.)

Sur la foi de ses pleurs, je n'ai rien craint de vous,

Madame, mais, ô Dieux! quelle rage est la vôtre!

Quand je vous donne un fils, vous assassinez l'autre, 1720

Et m'enviez soudain l'unique et faible appui

Qu'une mère opprimée eût pu trouver en lui !

Quand vous m'accablerez, où sera mon refuge?

Si je m'en plains au roi, vous possédez mon juge,

Et s'il m'ose écouter, peut-être, hélas! en vain 1725

Il voudra se garder de cette mèrne main.

Enfin je suis leur mère, et vous leur ennemie :

J'ai recherché leur gloire, et vous leur infamie,

Et si je n'eusse aimé ces fils que vous m'ôtez,

1108. « Traiter d'égal, sorte de locution proverbiale dans laquelle égal reste invariable. » (M. Marty-Laveaux.)

11 n'en prend point le titre, et les traite d'Jyal.

[Sertoriua v. loS.I

b'eijal, ex tei/uo, est alors pris adverbialement, connue aller d'cjal, à l'égal de... .

l~lô. « Epandre était un terme heureux qu'on employait au besoin au lieu de répondre f ce mot a vieilli » (Voltaire.) Voyez, la note du v. 588, 11 semble qu'aujourd'hui ce mut suit rentré en faveur; la poésie contemporaine l'a plus d'une luis rajeuni. Ainsi s'est réalisé le sunliait de PalisSOt, qui, retrouvant épandre chez Boileau et même Voltaire, ne le jugeait pas si vieilli, et invitait les poètes à le reprendre.

l~-.il . Sur riirier, voyez la note du v. L02U,

1726. « Ce plaidoyer de Cléopàtre, «lit Voltaite, n'est pas sans adresse. ■ L'éloge est un pan sec : si L'on considère la »ituatioi de Cléopàtre, la surprise et la rage qu'elfe vient de dominer, l'effort surhumain qu'elle a do. faire pour se remettre et reprendre possession d'elle-même, on admirera cel art si consommé qui semble la nature même, Aucun discours ne peut être ï la fuis plus Traisembluble et moins v rai. B1 que d'insinuotions v ne tes, comme elle • i, sout celte ostentation do tendres*** m»t«r»ollpl

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