ACTE V, SCÈNE IV
Comme par sa prudence il a tout adouci,
Il vou< connaît peut-être, et me connaît aussi.
(A Àntioehus.)
Seigneur, c'est un moyen de, vous être bien clière
Que pour don nuptial vous immoler un frère : 1 700
On Fait plus, on m'impute un coup si plein d'horreur,
Pour me faire un passage à vous percer le cœur.
(A Cléopâtre.)
Où fuirais-je de vous après tant de furie,
Madame? et que ferait toute votre Syrie,
Où, seule et sans appui contre mes attentats, 17('»'*>
Je verrais...? Mais, seigneur, vous ne m'écoute/, pas!
ANTIOCHUS
Non, je n'écoute rien, et dans la mort d'un frère
Je ne veux point juger entre vous et ma mère :
Assassinez un fils, massacrez Un époux,
Je ne veux me garder ni d'elle ni de vous. 4 770
Suhons aveuglément ma triste destinée :
Pour m'exposer à tout, achevons l'hyménée.
Cher frère, c'est pour moi le chemin du trépas:
La main qui t'a percé ne m'épargnera pas ;
Je cherche à te rejoindre, et non à m'en défendre, 177
Et lui veux bien donner tout lieu de me surprendre :
17.77. Tout adouci semble un peu vague; en réalité, Antioehus n'a adouci que Rodogune, et elle a raison de le rappeler; mais elle peut supposer hue Cléop&tre a été adoucie comme tlle, tout en continuant à se défier de cetto éternelle ennemie.
1702. Passage à, moyen pour ; proprement, transition (via, tÔço;) :
Leur rage, pour l'abattre, attaque mon soutien, Et, par votre trépas, cherche un passage au mien.
[Poriipée, v. 14$2.)
1703. Fuir de, pour fuir loin de, s'éloigner, s'écarter de:
Fuis plutôt de ses yeux, fuis de sa violence.
[Cid, v. 757.}
M. Littré cite deux exemples de cette tournure pris dans Racan.
1767. « On n'a rien à dire sur ces deux plaidoyers de Cléopâtre et de Rodogune. Ces deux princesses parlent toutes deux comme elles doivent parler. La réponse do Rodogune est beaucoup plus forte que le discours de Cléopâtre et elle doit l'être. Il n'y a rien à y répliquer; elle porte la conviction; et Antioehus devrait en être tellement frappe qu'il ne devrait peut-être pas dire : von, je n' écoule rien; car comment ne pas écouter de si bonnes raisons? mais j'ose dire que 1* parti que prend Antioehus est inliniment plus théâtral que s'il était tout simplement raisonnable, n (Voltaire.)
177G. Donner lieu, donner occasion, latinisme :
{Je Feignez qu'un moment. Laissez partir Sévère, lit (i<m, a-, lieu d'agir aux bontés il': mon père.
[Potyeucle, IV, m.)
208 RODOGUiNE.
Heureux si sa fureur, qui me prive de toi,
Se fait bientôt connaître en achevant sur moi,
Kt si du ciel, trop lent à la réduire en poudre,
Son crime redoublé peut arracher la foudre! 1780
Donnez-moi...
RODOGUNK, l'empêchant de prendre la coupe.
Quoi ! seigneur!
ANTIOCHUS
Vous m'arrêtez en vain :
Donnez.
Ah! gardez-vous de l'une et l'autre main! Cette coupe est suspecte, elle vient de la reine ; Craignez de toutes deux quelque secrète haine.
Oui m'épargnait tantôt ose enfin m'accuser! 178.j
RODOGUNK.
De toutes deux, Madame, il doit tout refuser.
Je n'accuse personne, et vous liens innocente;
Mais il en fut sur l'heure une preuve évidente :
Je veux bien à mon tour subir les mêmes lois.
On ne peut, craindre trop pour le salut des rois. 4790
Donnez donc cette preuve; et, pour toute réplique,
Faites faire un essai par quelque domestique.
1"R. « En achevant sur moi dépare un peu ce morceau qui est très beau : achevant demande absolument un régime. » (Voltaire.) On dit pourtant absolu* nient achever (de parler), achever (de faire):
Parle, achève ; ô mon Dieu ! ce sont là de tes coups.
[Zaetre, II, n.}
Achevé : les derniers n'ont rien qui dégénère.
(Gobrsub, -i« rot'.)
ITT9. Voltaire trouve, avec raison peut-être, ce réduire en poudre trop commun, foudre, foudre, est en ellét une rime dont Corneille use et abus.'. Boileau (Ép. vi) et Racine (Exlher II, vu) ont pourtant dit aussi réduire m
poudre, et la locution a passé jusqu'à nous.
1"K:$. Yar. « Cotte coupe est suspecte, elle vient de la sienne: Ne prenez rien, soigneur, d'elle ni de la mienne, i^ui m'épargnait tantôt m'accuse a cette lui--! — On ne peut craindre asse/. pour le salut îles rois. Pour ûter tout BOUpQOU d'une noire pratique, Faites taire, etc. » (164T»5d.)
l~(.t-2. Essai, au s mis propre, rjirctivr, c'est l'action de dégU8t6f les mets et les breuvages avant un autre, en général avant un prince, /ini'lihtirr, CXfdorare ÇUêtU ; voyez, dans Tacite, le récit de la mort de BritannicuS. [A inialrs, XIII, 16,
Saint-Simon appelle même essai la coupe dam laquelle se fait cette éprouve, i Apparemment! dit Voltaire, que les princesses syrien noa faisaient peu rie cas oc leurs domestiques ; mais c'est une reflexion que personne ne peut faire, dans l'agitation où l'on est et dans l'attente dq dénouement ■, Rn ce cas, pourquoi