ACTE III, SCÈNE II
Ici, dis-je, où ma cour tremble en me regardant, 855
Où je n'ai point encore agi qu'en commandant,
Je vois une autre cour sous une autre puissance,
Et ne puis plus agir qu'avec obéissance.
De votre seul aspect je me suis vu surpris:
Jugez si vos discours rassurent mes esprits; 860
Jiiirez par quels moyens je puis sortir d'un trouble
(Jue forme le respect, que la crainte redouble,
Et ce que vous peut dire un prince épouvanté
De voir tant de colère et tant de majesté.
Dans ces étonnements dont mon âme est frappée, 865
De rencontrer en vous le vengeur de Pompée,
11 me souvient pourtant que, s'il fut notre appui,
Nous vous dûmes dès lors autant et plus qu'à lui.
Votre faveur pour nous éclata la première,
Tout ce qu'il fit après fut à votre prière : 870
Il émut le sénat pour des rois outragés,
Que sans cette prière il aurait négligés;
Mais de ce grand sénat les saintes ordonnances
Eussent peu fait, pour nous, Seigneur, sans vos finances;
Par là de nos mutins le feu roi vint à bout; 875
Et, pour en bien parler, nous vous devons le tout.
Nous avons honoré votre ami, votre gendre,
Jusqu'à ce qu'à vous-même il ait osé se prendre ;
Mais voyant son pouvoir, de vos succès jaloux,
Passer en tyrannie et s'armer contre vous... 880