‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 108 sur 386 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

.EMILIE, FULYIE.

.EMILIK.

Je l'ai juré , Fulvie, et je le jure encore, j '; (-- ;

Quoiiiue j'aime Cinna , quoique mon cœur l'adore , S'il me veut posséder, Auguste doit périr ; Sa tète est le seul prix dont il peut m'acquérir. Je lui prescris la loi ipie mon devoir m'impose.

ILLVIE.

Elle a pour la blâmer une troj) juste cause ;

' Il senibli- <|uc le monologue devrait finirlà .les quatre dernie'.s vers iio sont-ils pas surabondants? les pensées n'en sont-elles pas reclicrcliêcs , et hors de la nature ?

."(lais le-s vers précédents paraissent dignes de Corneille : et J'o>e croire qu'au théâtre il faudrait réciter ce monologue, en retranclianl seulement ces quatre derniers vers, qui ne sont pa.-- dignes du reste. (V.)

Par un si grand dessein von» vous laites juger Digne sang de celui que vous voulez venger : Mais , encore une fois , souffrez que je vous die Qu'une si juste ardeur devrait être attiédie. Auguste chaque jour, à force de bienfaits , Semble assez réparer les maux qu'il vous a faits; Sa faveur envers vous paraît si déclarée , Que vous êtes chez lui la plus considérée ; Et de ses courtisans souvent les plus heureux Vous pressent à genoux de lui parler pour eux-

EMILIE

Toute celte faveur ne me rend pas mon père ;

Et , de quelque façon que l'on me considère ,

Abondante en richesse , ou puissante en crédit .

Je demeure toujours la fille d'un proscrit.

Les bienfaits ne font pas toujours ce que tu penses :

D'une main odieuse ils tiennent lieu d'offenses •

Plus nous en prodiguons à qui nous peut haïr,

Plus d'armes nous donnons à qui nous veut tra'iir.

il m'en fait chaque jour sans changer mon couniçe;

Je suis ce que j'étais , et je puis davantage,

Et des mêmes présents qu'il verse dansmes mnin?

J'achète contre lui les esprits des Romains;

Je recevrais de lui la place de Livie

Comme un moyen plus sur d'attenter à sa vie '.

Pour qui venge son père il n'est point de forfait-^ .

Et c'est vendre son sang que se rendre aux bienfaits.

FULVIE

Quel besoin toutefois de passer pour ingrate?

Ne pouvez-vous haïr sans que la haine éclate.^

Assez d'autres sans vous n'ont pas mis eu oubli

Par quelles cruautés son trône est établi ;

Tant de braves Romains , tant d'illustres victimes ,

Qu'à son ambition ont immolés ses crimes ,

L'iissent à leurs enfants d'assez vives douleurs

Pour venger votre perte en vengeant leurs malheurs.

Beaucoup l'ont entrepris, mille autres vont les suivre :

Qui vit haï de tous ne saurait longtemps vivre -.

> Ce sentiment furieux est , à mon gré , une f aison pour no pas sup'^ri' oser le monologue qui prépire cette férocité. (V.)

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