SCÈNE II
.EMILIE, FULYIE.
.EMILIK.
Je l'ai juré , Fulvie, et je le jure encore, j '; (-- ;
Quoiiiue j'aime Cinna , quoique mon cœur l'adore , S'il me veut posséder, Auguste doit périr ; Sa tète est le seul prix dont il peut m'acquérir. Je lui prescris la loi ipie mon devoir m'impose.
ILLVIE.
Elle a pour la blâmer une troj) juste cause ;
' Il senibli- <|uc le monologue devrait finirlà .les quatre dernie'.s vers iio sont-ils pas surabondants? les pensées n'en sont-elles pas reclicrcliêcs , et hors de la nature ?
."(lais le-s vers précédents paraissent dignes de Corneille : et J'o>e croire qu'au théâtre il faudrait réciter ce monologue, en retranclianl seulement ces quatre derniers vers, qui ne sont pa.-- dignes du reste. (V.)
Par un si grand dessein von» vous laites juger Digne sang de celui que vous voulez venger : Mais , encore une fois , souffrez que je vous die Qu'une si juste ardeur devrait être attiédie. Auguste chaque jour, à force de bienfaits , Semble assez réparer les maux qu'il vous a faits; Sa faveur envers vous paraît si déclarée , Que vous êtes chez lui la plus considérée ; Et de ses courtisans souvent les plus heureux Vous pressent à genoux de lui parler pour eux-
EMILIE
Toute celte faveur ne me rend pas mon père ;
Et , de quelque façon que l'on me considère ,
Abondante en richesse , ou puissante en crédit .
Je demeure toujours la fille d'un proscrit.
Les bienfaits ne font pas toujours ce que tu penses :
D'une main odieuse ils tiennent lieu d'offenses •
Plus nous en prodiguons à qui nous peut haïr,
Plus d'armes nous donnons à qui nous veut tra'iir.
il m'en fait chaque jour sans changer mon couniçe;
Je suis ce que j'étais , et je puis davantage,
Et des mêmes présents qu'il verse dansmes mnin?
J'achète contre lui les esprits des Romains;
Je recevrais de lui la place de Livie
Comme un moyen plus sur d'attenter à sa vie '.
Pour qui venge son père il n'est point de forfait-^ .
Et c'est vendre son sang que se rendre aux bienfaits.
FULVIE
Quel besoin toutefois de passer pour ingrate?
Ne pouvez-vous haïr sans que la haine éclate.^
Assez d'autres sans vous n'ont pas mis eu oubli
Par quelles cruautés son trône est établi ;
Tant de braves Romains , tant d'illustres victimes ,
Qu'à son ambition ont immolés ses crimes ,
L'iissent à leurs enfants d'assez vives douleurs
Pour venger votre perte en vengeant leurs malheurs.
Beaucoup l'ont entrepris, mille autres vont les suivre :
Qui vit haï de tous ne saurait longtemps vivre -.
> Ce sentiment furieux est , à mon gré , une f aison pour no pas sup'^ri' oser le monologue qui prépire cette férocité. (V.)