‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 109 sur 386 · ACTE I, sck.n:; ii. i · texte numérisé non relu

ACTE I, sck.n:; ii. i

Remettez à leurs bras les communs infért^U ,

lit n'aidez leurs desseins que par des vonix secrets.

Quoi ! je le haïrai sans tâcher de lui nuire?

J'attendrai du hasard qu'il ose le détruire?

Et je satisferai des devoirs si pressant.s

Par une haine obscure et des vœu\ impuissants ?

Sa perte , que je veux , me <leviendrait ani<>re . y^

Si quelqu'un l'immolait h d'antres qu'à m m père; ^

El lu verrais mes pleurs couler pour son Inpas,

Qui , le faisant périr, ne me vengerait pas ' .

C'est une lâcheté que de remettre à d'autres ' '

Ees intérêts publics qui s'attachent aux nôtres.

Joignons à la douceur de venger nos parents

La gloire qu'on remporte à punir les tyrans ,

Et faisons publier par toute l'Italie :

« La liberté de Rome est l'œuvre d'.^Lmilie ;

n On a touché son àme , et son cœur s'est épris ; ,

« Mais elle n'a donné son amour qu'à ce prix. » y

FULVIE. -''

Votre amour à ce prix n'est qu'un présent funeste Qui porte à votre amant sa perte manifeste. Pensez mieux , .Emilie , à quoi vous l'exposez , Combien à cet écueil se sont déjà brisés ; Ne vous aveuglez point quand sa mort est visible.

EMILIE

Ah ! tu sais me frapper pai où je suis sensible. Quand je songe aux dangers que je lui fais courir, La crainte de sa mort me fait déjà mourir ; Mon esprit en désordre à soi-môme s'oppose; Je veux et ne veux pas, je m'emporte et je n'ose; Et mon devoir confus, languissant , étonné, Cède aux rébellions de mon cœur mutiné. Tout beau, ma passion, deviens un peu moins forte' ;

' Ce senliinent atroce et ces beau\ vers ont été imités par Pi.iciiio dan» AnAromaque :

Ma TPngcancp fst perdue S'il ignore en mourant que c'en moi qui le tue.

' Tout beau revient an pian piano des Italiens. Ce mol familier <:»l banni du ilIscuiiM sérieux , a plus forte raison de la poésie ; et l'apos-

Tu vois bien des liasanls , ils sont grands, mais n'impori :

Cinna n'est pas perdu pour être hasardé.

L)e quelques légions qu'Auguste soit gardé ,

Quelque soin qu'il se donne et quelque ordre qu"il tienne,

Qui inépri.se la vie est maître de la sienne.

Plus le péril est grand , plus doux en est le fruit ;

La vertu nous y jette , et la gloire le suit :

Quoi qu'il en soit , qu'Auguste ou que Cinna périsse,

Aux mânes paternels je dois ce sacrifice ' ;

Cinna me l'a promis en recevant ma foi :

tt ce coup seul aussi le rend digne de moi.

l\ est tard , après tout , de m'en vouloir dédire.

Aujourd'hui l'on s'assemble, aujourd'hui l'on conspir.',

L'heure , le lieu , le bras se choisit aujourd'hui ;

Et c'est à faire enfin à mourir après lui ^.

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