CI.N.VV
.Jamais contre un tyran entreprise conçue Ne permit d'espérer une si belle issue ; Jamais de telle ardeur on n'en jura la mort , Kt jamais conjiu-és ne furent mieux d'accord; Tous s'y montrent portés avec tant d'allégresse, Qu'ils semblent , comme moi , servir une maîtresse; Et tous font éclater un si puissant courroux, Qu'ils semblent tous venger un père , comme vous.
EMILIE
Je l'avais bien prévu , que , pour un tel ouvrage ,
trophe à sa passion sort du ton du dialogue et de la vérité ; c'est uo tour de rhéteur qu'on se permettait encore. ( V. ) » Il semble , par ces expressions , (ju'elle doive le sacrifice de Cinna. (V.) - Et c'est à faire est encore une expression hors d'usage , même aujnurd'iiiii chez le peuple. Remarquez que dans cette scène il n'y a presque que ces deux, mots à reprendre , et que In pièce est faite dcpui-- six vingts ans : ce n'est qu'une scène avec une conCciente, et elle est sublime -iV.)
ACTL 1, St'ÈNE 111. 179
Jinna saurait choisir des lioinmes de courage, lit ne remettrait pas en de mauvaises mains L'intérôt d'.£miiie et celui des Homaiiis.
CIS.NA
Plût aux dieux ijue vous-mùme eussiez vu de ijuel zèle
Cette trou()e entreprend une action si belle'!
Au seul nom de César, d'Auguste, et d'empereur.
Vous eussiez au leurs yeux s'enllammcr de fureur,
Kl dans un nii^me instant, par un effet contraire,
Leur front jiâiir d'horreur et rougir de colère.
" Amis, leur ai-je dit , voici le jour heureux
« Qui doit conchire enfin nos desseins généreux ^;
" Le ciel entre nos mains a mis le sort de Rome ,
« Kt 5on salut dépend de la perte d'un homme,
" Si l'on doit le nom d'homme à ijui n'a rien d'humuin,
« A ce tigre altéré de tout le sang romain.
'■ Combien pour le répandre a-t-il formé de brigues 1
■> Combien de fois changé de partis et de ligues,
" Tantôt ami d'Antoine, et tantôt ennemi,
« Kt jamais insolent ni cruel à demi! »
Là , par un long récit de toutes les misères
Que durant notre enfance ont enduré nos pères ^ ,
Renouvelant leur haine avec leur souvenir,
Je re<louble en leurs cœurs l'ardeur de le punir.
Je leur fais des tableaux de ces tristes batailles
Où Rome par ses mains déchirait ses entrailles ,
Où l'aigle abattait l'aigle, et de chaijue côté
Nos légions s'armaient contre leur liberté ;
Où les meilleurs soldats et les chefs les plus braves
' Ce discours de Cinna est un des plus beaux morceaux d'éloqucucf que nous ayons dans notre langue. ^\.)
> l.e mot dessein ne convient pas à conclure : il me seitJ)le qu'on con dut une affaire, un traité, un marché ; que l'on consomme un dessei:i qu'on l'exécute , qu'on l'effectue. Peut-être que le verbe remplir cù été plus juste et plus poétique que conclure. (V.)
' Durant Kl enduré , dans le même vers, ne sont qu'une inadvertance; Il était aisé de mctire pendant notre enfance ; mais ont enduré payait One faute aux grammairiens; ils voudraient, les misères qu'ont endurées nos pères. Je ne suis point du tout de leur avis ; il serait ridicule de dire, les misères qu'ont souffertes nos pères, quoiqu'il faille dire, /r« misères que nos pères ont souffertes. S'il n'est pas permis à un poélide se servir en ce cas du participe absoïu , il faut renoncer à faire Je» »ort. (V.)
180 CLN.NA.
Mettaient toute lewr gloire à devenir esclaves; Où , pour mieux assurer la honte de leiiis fei-s, Tous voulaient à le<ir chaîne attacher l'univers ; lit l'exécrable Iwnneur de lui donner un maître Faisant aimer à tous l'infâme nom de traître, Romains contre Romains , parents contre parents , Combattaient seulement pour le choix des tyrans.
J'ajoute à ces tableaux la peinture effroyable De leur concorde impie , affreuse , inexorable , Funeste aux gens de bien , aux riches , au sénat , Et, pour tout dire enfin , de leur triumvirat; Mais je ne trouve point de couleurs assez noires Pour en représenter les tragiques histoires. Je les peins dans le meurtre à l'envi triomphants, Rome entière noyée au sang de ses enfants : Les uns assassinés dans les places publiques , Les autres dans le sein de leurs dieux domestiques Le méchant par le prix au crime encouragé , Le mari par sa femme en son lit égorgé; Le fils tout dégouttant du meurtre de son père , Et, sa tête à la main, demandant son salaire' , Sans pouvoir exprimer par tant d'horribles traits Qu'un crayon imparfait de leur sanglante paix.
Vous dirai-je les noms de ces grands persomiages Dont j'ai dépeint les morts pour aigrir les courages, De ces fameux proscrits , ces demi-dieux mortels , Qu'on a sacrifiés jusque sur les autels? Mais ponrrais-jevous dire à quelle impatience, .\ quels frémissements , à quelle violence , Ces indignes trépas, quoiiiuemal figurés, Ont porté les esprits de tous nos conjurés? Je n'ai point perdu temps , et voyant leur colère Au point de ne rien craindre , en état de tout faire, J'ajoute en peu de mots : « Toutes ces cruautés , « La perte de nos biens et de nos libertés , « Le ravage des champs , le pillage des villes ,
' Peinture énersique des sanglantes proscriptions et des crimes ilu tiiuiuvirat, cet effrayant tableau met dans le parti de Cinna les spectateurs, qui ne voient dans son entreprise que le dessein toujours imposant de rendre la liberté à Rome , et de punir un tyran qui a élé barbare
(lA II.)