‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 113 sur 386 · ÉV\>DRE · texte numérisé non relu

ÉV\>DRE

t'oiyciète est encor chez vous à vous attendre , Et fiH venu lui-môme avec moi vousciierclier, SI ma dextérité n'eût su l'en empêcher. Je vous en donne avis , de peur d'une surprise. Il presse fort.

EMILIE

Mander les chefs de l'entreprise !

Ton.>; deux ! eu même temps ! Vous êtes découverts.

ClNNA.

Espérons mieux , de grâce.

.tMlLlE.

Ah! Ciniia, je te perds!

Et les diiux , obstinés à nous donner un maître , Parmi tes vrais amis ont mêlé quelque traître. Il n'en faut point douter, Auguste a tout appris. Quoi . tous deux ! et sitôt que le conseil est pris !

.le ne vous puis celer (]ue son ord.e m'étonne; Mais souvent il m'ap[»elle auprès de sa personne :

' L'iutrlgue est nouée dés le preiiiliT acte ; le plus ?rand liilérf l il '<• plus grand péril s'y manifestent : c'est un coup de théâtre. Remarque/ <iue l'on s'Intéresse d'abord beaucoup au succès de la conspiration de CInna et d'Éniilie : i" parce que c'est une con-piratioo: 2" parce que l'amant et la maltresse sont en danger ; s"> parce que CInna a peint Auguste avec toutes les couleurs que les proscriptions niérittnl, et que dans son récit il a rendu Auguste exécrable; V parce qu'il n'y a point de spectateur qui ne prenne dans son cœur le parti de la liberté. Il est important de faire voir que dans ce premier acte CInna et fjnilif s'emparent de tout rintérét;on In-nible qu'ils ne soient découverts- Voi:s verrez qu'ensuite cet intérêt change, et \ous Jugerei M c'est un ■icfiij ou noD. (V.)

]Ma\ime est comme moi Ae ses plus confidents» Et nous nous alarmons peut-être en imprudents.

EMILIE

Sois moins ingénieux à te tromper toi-même , Cinna ; ne porte point mes maux jusqu'à l'extrême ; Et puisque désormais tu ne peux me venger, Dérobe au moins ta tète à ce mortel danger ; Fuis d'Auguste irrité l'implacable colère. Je verse assez de pleurs pour la mort de mon père ; N'aigris point ma douleur par un nouveau tourment. Et ne me réduis point à pleurer mon amant.

CIN>"A

Quoi ! sur l'illusion d'une terreir panique, Trahir vos intérêts et la cause publique ! Par cette lâcheté moi-même m'accuser, Et tout abandonner quand il faut tout oser ! Que feront nos amis si vous êtes déçue ?

iEMlI.lE.

Mais que deviendras-tu si l'entreprise est sue ?

CINS.V.

S'il est pour me trahir des esprits assez bas , Ma vertu pour le moins ne me trahira pas ; Vous la verrez , brillante au bord des précipices , Se couronner de gloire en bravant les supplices, Rendre Auguste jaloux du sang qu'il répandra, Et le faire trembler alors qu'il me perdra.

Je deviendrais suspect à tarder davantage. Adieu. Raffermissez ce généreux courage.

S'il faut subir le coup d'un destin rigoureux , Je mourrai tout ensemble heureux et malheureux ■ : Heureux pour \ous servir de perdre ainsi la vie, Malheureux de mourir sans vous avoir servie.

EMILIE

Oui , va , n'écoute plus ma voix qui te retient; .Mon trouble se dissipe , et ma raison revient. Pardonne à mon amour celle indigne faiblesse.

> Boik-au reprenait cet heureux et malheureux : U y trouvait trop de recherche , et je ne sais quoi d'alambique. On peut dire heureux dont mm malheur, l'exact et l'élégant Racine l'a dit; mais être à la fok heurru\ et malheureux , expliquer cl retourner cette antithèse, cette iiilgnie, cela n'est pas de la véiilablc éloquence. (V.;

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