ACTE II, SCÈNE
Mais quami le peuple est maître, ou n'agit (piVu tumulte;
La voix de la raison jamais ne se consulte;
Les honneurs sont vendus aux plus ambitieux ,
L'autorité livrée aux plus séditieux.
Ce5 petits souverains qu'il fait [lour une année,
Vovanl d'un tem[)S si court leur puissance bornée ,
Des plus lieureui desseins font avorter le fruit ,
De peur de le laisser à celui (jui les suit ;
Comme ils ont peu de part aux biens dont ils ordonnent,
Dans le champ du public largement ils moissonnent ,
Assurés que chacun leur pardonne aisément,
Espérant à son tour un pareil traitement.
Le pire des états , c'est l'état populaire ' .
ALCLSTE.
Et toutefois le seul qui dans Rome peut plaire. Ce 'te haine des rois que depuis cinti cents ans .\vec le premier lait sucent tous ses enfants , Pour l'arracher des cœurs, est trop enracinée.
H\XIU£.
Oui , seigneur, dans son mal Rome est trop obstinée ; Son peuple , qui s'y plaît, en fuit la guérison : Sa coutume l'emiwrte , et non pas la raison ; Et cette vieille erreur, que Cimia veut abattre , Est une heureuse erreur dont il est idolâtre, l'ar qui le monde entier , asservi sous ses lois ,
' nuelle prodigieuse supérioritii de la belle poésie sur la prose! Tous les écrivains politiques ont délayé ces pensées; aucun a -t- il approché de la force, de la profondeur, de la netteté, de la précision de ces discours de Cinna et de Maïlme? tous les corps de 1 Étal auraient dû assister à cette pièce pour apprendre à penser et à parler; ils ne faisaient que des harangues ridicules, qui sout la hoate de la nation. Corneille était un maître dont ils avaient besoin ; mais uu préjugé , plus barbare encore que ne l'était l'éloquence du barreau et de la chaire, a souvent empêché plusieurs magistrats trés-éclairés d'imiter Cicéron et Hortensius, qui allaient entendre de» tragédie» fort inférieures à celles de Corneille. Ainsi les hommes pour qui ces pièces étaient faites ne les voyaient pas. I,e parterre n'était pas digne de ces tableaux de la grandeur romaine. Les femmes ne voulaient que de l'amour ; bientôt on ne traita plus que l'amour, et par là on fournit, à ceux que leurs petits talents rendent jaloux de la gloire de» spectacles, un mallieurcux prétexte de s'élever contre le preuiier des beaux -arts. Aou» avons eu un chancelier qui a écrit sur l'art dramatique, et on a observé que de sa vie il n'alla au spectacle , mais Scipion , Calon, Cicén) ., César, y allaient. (Y.)
(94 ClN?iA
L'a Ml cent fois marcher sur la tète des rois ,
Son épargne s'enfler du sac de leurs provinces.
Que lui pouvaient de plus donner les nr)rilieurs princes?
J'ose dire , seigneur, que par tous les climats Ne sont pas bien reçus toutes sortes d'états, Chaqtie peuple a lo sien conforme à sa nature, Qu'on ne saurait changer saivs lui faire une injure : Telle est la loi du ciel , dont la sage équité Sème dans l'univers cette diversité.
Les Macédoniens aiment le monarchique, Et le reste des Grecs la lit)erté publique : Les Parthes, les Persans veulent des souverains ; Kt le seul consulat est bon pour les Romains.
ciNr^x.
II est vrai que du ciel la prudence infinie Départ à chaque peuple un différent génie ; Mais il n'est pas moins vrai que cet ordre des cieux Change selon les temps comme selon les lieux. Rome a reçu des rois ses murs et sa naissance ; L le tient des consuls sa gloire et sa puissajice, Kl reçoit maintenant de vos rares bontés Le comble souverain de ses prospérités.
Sous vous , l'Ébt n'est plus en pillage aux armées ; Les portes de Janus par vos mains sont fermées , Ce que sous ses consuls on n'a vu qu'une fois , lit qu'a lait voir comme eux le second de ses rois.
MAXIME
Les changements d'état «juefait l'ordre céleste
Ne coûtent point de sang , n'ont rien qui soit funeste '.
C'est un ordre des dieux qui jamais ne se rompt,
De nous vendre un peu cher les grands biens qu'ils nous font
L'exil des Tarquins même ensanglanta nos terres,
Et nos premiers consuls nous ont coûté des guerres.
Donc votre aïeul Pompée au ciel a résisté Quand il a combattu pour notre hberté'.'
• J'ai peur que ces r.Tisnnnoincnls ne soient p.is de la force des autres : ce que dit Maxime ol faux ; la plupart des révolutions ont coûté du ■■aog, cl d'ailleurs tout se fait par 1 ordre céleste.
• L'objection de votre aicii! l'ompée est pressante . mai» CInna . v