ACTE ir, SCÈNE I. IW
CIN>A
Si le ciel n'eût voulu ([ue Rome l'eût perdue , Par les mains de Pompt^e il l'aurait dcfemhie : 11 a choisi sa mort pour servir dignement D'une marque éternelle à ce grand changement , Et devait cette gloire aux mânes d'un tel homme, D'emporter avec eux la liberté de Piome.
Ce nom depuis longtemps ne sert qu'à réhlouir, Et sa propre grandeur l'empêche d'en jouir. Depuis qu'elle se voit la maîtresse du monde , Depuis que la richesse entre ses murs abonde , Et que sonsein , fécond en glorieux exploits, Produit des citoyens plus puissants que des rois , Les grands, pour s'affermir achetant des suffrages, Tiennent pompeusement leurs maîtres à leurs gages , Qui , par des fers dorés se laissant enchaîner, Picçoivent d'eux les lois qu'ils pensent leur donner. Envieux l'un de l'autre , ils mènent tout par brigues, Que leur ambition tourne en sanglantes ligues. .\insi de Marins Sylla devint jaloux ; César, de mon aïeul ; Marc-Antoine , de vous : Ainsi |.'. liberté ne peut plus être utile Quà former les fureurs d'une guerre civile,
répond que par un trait d'esprit. Voilà ua singulirr honneur [ait au\ mânes de Pompée , d'asservir Home pour laquelle il combattait. Pourquoi le ciel devait-il cet honneur à Pompée? Au contraire, s'il lui devail quelque chose, c'était de soutenir son parti, qui était le plus Juste. Dans une telle délibération, devant un homme tel qu'.\u^uste, on ne doit donner que des raisons solides : ces subtilités ne paraissent pas convenir à la dignité de la tragédie. Cinna s'éloigne ici de ce vrai si nécessaire et slieau. Voulez-vous savoir si une pensée est naturelle et juste? examinez la proposition contraire ; si ce contraire est vrai, la pensée que vous examinez est fausse.
On peut répondre à ces objections que Cinna parle ici contre «a pensée. Mais pourquoi parlerait-il contre sa pensée? y est-il forcé? Junie, dans Britannicus , parle contre son propre sentiment, parce que ^éron l'écoute : mais Ici Cinna est en toute liberté; s'il veut persuader â Auguste de ne point abdiquer, il doit dire à .Maiira • : Laissons !à ces vaines disputes , il ne s'agit pas de savoir si Pompée a résisté au ciel , et si le ciel lui devait l'honneur de rendre Home esclave. Il s'agit que Rome a besoin d'un maitre; il s'agit de prévenir des guerres civiles, etc. Je crois enfin que cette subtilité, dans cette belle scène, est un défaut; ii'aU c'est un défaut dont il n y a qu'un grand homme qui soit rap»bio. ;>.»