CONA
Lorsque, pa* un désordre à l'univers fatal ,
L'un ne veut point de maître , el l'autre point d'égal.
Seigneur, pour sauver Home, il faut qu'elle s'unisse En la main d'un bon chef à qui tout obéisse Si vous aimez encore à la favoriser, Otezlui les moyens de se plus diviser.
Sylla , quittant la place enfin bien usurpée ' , N'a fait qu'ouvrir le champ à César et Pompée , Que le malheur des temps ne nous eût pas fait voir ' , S'il eût dans sa famille assuré son pouvoir. Qu'a fait du grand César le cruel parricide , Qu'élever contre vous Antoine avec Lépide, Qui n'eussent pas détruit Rome par le^s Romains, Si César eût laissé l'empire entre vos mams? Vous la replongerez , en quittant cet empire , Dans les maux dont à peine encore elle respire; Et de ce peu , seigneur, qui lui reste de sang , Une guerre nouvelle épuisera son flanc.
Que l'amour du pays, que la pitié vous touche; Votre Rome à genoux vous parle par ma bouche^. Considérez le prix que vous avez coûté : Non pas qu'elle vous croie avoir trop acheté. Des maux qu'elle a soufferts elle est trop bien payée; Mais une juste peur tient son âme effrayée : Si , jaloux de son lieur, et las de commander. Vous lui rendez un bien qu'elle ne peut garder, S'il lui faut à ce prix en acheter un autre, Si vous ne préférez son intérêt au votre ,
' Cet enfin gâte la phrase. (V.)
' Il semble que le malheur des temps ne nous eût pas fait voir César et Pompée. La phrase estlouclio et obscure, il veut dire : Le malheur des temps ne nous eût pas fuit voir le champ ouvert â César ei a Pompée. (V.)
3 Ici , Cinna embrasse les genoux d'Auguste, el semble dtehonorer les belles choses qu'il a dites par une perfidie bien lûche qui l'avilit. Cette basse perfidie même semble contraire aux remords qu'il aura. On pdurrait croire que c'est à Maxime, représenté comme un vil scélérat, a faire le personnage de Cinna, et que Cinna devait dire ce que dit Maxime. Cinna, que l'auteur veut et doit ennoblir, devait-il conjurer .\uguile a genoux de garder l'empire, pour avoir un prétexte de l'assassiner i-" On est fiché que Maxime joue ici le rôle d'un digne Romain, et Cinna celui l 'un lourbe qui emploie le raflim-niont le plus noir pour empêcher >.ugustc de faire une action qui doit même désarmer Emilie. (V,'
ACTIi 11, SCÈM: I. 197
Si ( u funeste don la met au désespoir, Je n'ose dire ici ce que j'ose prévoir. Conservez-vous, seigneur, en lui laissant un maître Sous qui son vrai bonheur commence de renaître; tt, pour mieux assurer le bien commun de tous, Donnez un successeur qui soit digne de vous.
AL'CL'STÎ.
N'en délibérons plus, cette pitié l'emporte.
Mon repos m'est bien cher, mais Rome est la plus forte.
Et, quehpie grand malheur qui m'en puisse arriver,
Je consens à me perdre afin de la sauver.
Pour ma tranquillité mon cœur en vain soupire :
Cinna , par vos conseils je retiendrai l'emjjire ;
Mais je le retiendrai pour vous en faire part.
Je vois trop que vos cœurs n'ont point pour moi de fard ,
Et que chacun de vous , dans l'avis qu'il me donne ,
Regarde seulement l'État et ma personne.
Votre amour en tous deux fait ce combat d'esprits ,
Et vous allez tous deux en recevoir le prix.
Maxime , je vous fais gouverneur de Sicile ;
Allez donner mes lois à ce terroir fertile :
Songez (pie c'est pour moi que vous gouvernerez ,
Et que je répondrai de ce que vous ferez.
Pour épouse, Cinna , je vous donne .•Emilie ';
Vous savez (ju'elle tient la place de Julie ,
Et que si nos malheurs et la nécessité
M'ont fait traiter son père avec sévérité ,
Mon épargne depuis en sa faveur ouverte '
Doit avoir adouci l'aigreur de cette perte.
Voyez-la de ma part , tâchez de la gagner :
Vous n'êtes point pour elle un homme à dédaigner;
De l'offre de vos vœux elle sera ravie ^.
.\dieu : j'en veux porter la nouvelle à Livie.
' Tout lecteur voit dans ce vers la perfection de l'art. Auijiiste donne à Cinna sa fille adoptive, que Cinna veut obtenir par l'assassinat d'.\ugUbtc. Le mérite de ce vers n« peut échapper à personne. (V.)
» Épargne signifiait trésor royal , et la cassette du roi s'appelait chatouille. Les mots changent ; mais ce qui ni' iloit pas changer, c'est la noblesse des Idées. Il est trop bas de faire dire à Auguste qu'il a donni de l'argent à Emilie; et il est bien plus bas à Kmllie de I avoir reçu, et de rouspirer contre lui. (V.)
' lin général, cette scène est d'un genre dont il n'y avait aucun e.\em-