ACTE m, scLne IV. m
Je ne f en parle plus , va , sers la tyrannie ; Abandonne ton àme à son lâche génie ; Et , |X)ur rendre le calme à ton esprit flottant Oublie tt ta naissance et le prix (pii t'attend. Sans emprunter ta main pour servir ma colère • , Je saurai bien venger mon pays et mon père. J'aurais déjà l'honneur d'un si fameux trépas , ' "
Si l'amour jus(iu'ici n'eiU arrêté mon bras; C'est lui qui , sous tes lois me tenant asservie , M'a fait en ta faveur prendre soin de ma vie : Seule contre un tyran , en le faisant périr, Par les mains de sa garde il me fallait mourir. Je t'eusse par ma mort dérobé ta captive ; Et comme pour toi seul l'amour veut que je vive, J'ai voulu , mais en vain , me conserver pour toi , Et te donner moyen d'être digne de moi.
Pardonnez-moi , grands dieux , si je me suis trompée Quand j'ai pensé chérir un neveu de Pompée, Et si d'un faux semblant mon esprit abusé A fait choix d'un esclave en son lieu supposé ! Je t'aime toutefois, quel que tu puisses être; Et si pour me gagner il faut trahir ton maître , Mille autres à l'envi recevraient cette loi ^ ,
' I.e mot de r«sen(i/7wnf serait plus propre; mais, en potsie, colère peut signifier intZisnation, ressentiment , souvenir des injures. d(fiir de vengeance. (V.)
' Emilie a déjà dit au premier acte qu'on publiera dans toute l'Itnlie qu'on n'a pu la mériter qu'en tuant Auguste ; elle a dit à Cinna : Sonye que mes faveurs t'attendent. Ici elle dit que mille Romains tueraient Auguste pour mériter ses bonnes grâces. Quelle femme a Jamais parlé ainsi? Quelle différence entre elle et llcrmionc, qui dit, dans une situation à peu i)rès semblable :
Quoi! sans qu'elle employât une seule prière. Ma mère en sa faveur arma la Grèce entière! SeA yeux , pour leur querelle, en dix ans de combats. Virent périr Tingt rois qu'ils ne connaissaient pas ; Et moi , je ne prétends que la mort d'un parjure , Et Je charge un am^mt du soin de mon injure; Il peut me conquérir a ce prix sans danger. Je me livre moi-même , et ne puis me venger \
C'est ainsi que s'exprime le goût perfectionné; et le génie, dénué de ce goût sûr, bronctje quelquefois. On ne prétend pas, encore une fols, rien diminuer de l'extrême mérite de Corneille ; mais il faut qu'un cora- "■eotateur n'ait en vue que la vérité et l'utilité publique. Au reste , la lin
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S'ils pouvaient m'acquérir à même prix qiin toi.
Mais n'appréliende pas qu'un antre ainsi m'ol)tienne;
Vis pour ton cher tyran , tandis que je meurs tienne :
Mes jours arec les siens se vont précipiter ,
Puisque la lâcheté n'ose me mériter.
Viens me voir, dans son sang et dans le mien baignre ,
De ma seule vertu mourir accompagnée,
Et te dire en mourant, d'un esprit satisfait :
" N'accuse point mon sort , c'est toi seul qui l'as fait ;
« Je descends dans la tombe oîi tu m'as condamnée,
• Où la gloire me suit qui t'était destinée : ■
" Je meurs en détruisant un pouvoir absolu ;
n Mais je vivrais à toi si tu l'avais voulu. »