ACTE IV, SCÈNE
Pt^rouse ail sien noyt^c, cl tons ses habiUnts;
Hcmcts dans ton esprit , après tant de carnages ,
D'! tes proscriptions les sanglantes images ,
Où toi-même , des tiens devenu le bourreau ,
Au sein de ton tuteur enfonças le couteau ,
Et puis ose accuser le destin d'injustice
Quand tu vois que les tiens s'arment pour ton supplice,
Et (jue , par ton exemple à ta perte guidés ,
Ils violent des droits que tu n'as pas gardés !
Leur traliison est juste , et le ciel l'autorise :
Quitte ta dignité comme tu l'as acquise;
lîends un sang infidèle à l'infidélité ' ,
Et souffre des ingrats après l'avoir été.
iMais que mon jugement au besoin m'abandonne ! Quelle fureur, Cimia, m'accuse et te pardonne? Toi , dont la traliison me force à retenir Ce pouvoir souverain dont tu me veux punir, Me traite en criminel , et fait seule mon crime , Relève pour l'abattre un trône illégitime , Et , d'un zèle effronté couvrant son attentai , S'oppose, pour me perdre, au bonlieur de l'État? Donc jusqu'à l'oublier je pourrais me contraindre ! Tu vivrais en repos après m'a voir fait craindre! Non , non , je me trahis moi-même d'y penser : Qui pardonne aisément invite à l'offenser; Punissons l'assassin , proscrivons les complices.
Mais quoi ! toujours du sang , et toujours des sup|)lires! Ma cruauté se lasse , et ne peut s'arrêter; .le veux me faire craindre , et ne fais qu'irriter. Rome a pour ma ruine une hydre trop fertile ; Une tête coupée en fait renaître mille, Ht le sang répandu de mille conjurés Rend mes jours plus maudits, et non plus assurés. Octave , n'attends plus le coup d'un nouveau Brute ;
' Ce vers est Imité de Malherbe :
Fais de tous les assaut-, que la rage peut f.iirp Une fiJèlc preuve à l'inGdèlili.
Un tel abus de mots, et quelques longueurs . quelques répétitions. eiupOchent ce beau monologue de faire tout son cfTet. A mesure que le public s'est plus éclairé , Il s'est un peu dégoûté des Ions," mn jolojjucs. Mais ne devrait-on pas se prêter à l'illusion du vhéitre ?
Meurs , et dérobe-lui la gloire de ta cliute; .Meurs ; tu ferais pour vivre un lâche et vain oirort > Si tant de gens de cœur font des vœux pour ta niorl , Et si tout ce que Rome a d'illustre jeunesse Pour te faire périr tour à tour s'intéresse ; Meurs , puisque c'est un mal que tu ne peux guérir ; Meurs enfiu , puisqu'il faut ou tout perdre , ou mourir. La vie est peu de chose , et le peu qui t'en reste .\e vaut pas l'acheter par un prix si funeste ' ; .Meurs , mais quitte du moins la vie avec éclat, Éteins-en le flambeau dans le sang de l'ingrat , .A. toi-même en mourant immole ce perfide ; Contentant ses désirs, punis son parricide; Fais un tourment pour lui de ton propre trépas, En faisant qu'il le voie et n'en jouisse pas : .Mais jouissons plutôt nous-même de sa peine '; Et si Rome nous hait , triomphons de sa haine. O Romains! ô vengeance! ô pouvoir absolu! 0 rigoureux combat d'un cœur irrésolu Qui luit en même temps tout ce qu'il se propose I D'un prince malheureux ordonnez quelque chose. Qui des deux dois-je suivre , et duquel m'éloigner ? Ou laissez-moi périr, ou laissez-moi régner.