‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 146 sur 386 · CHILI E · texte numérisé non relu

CHILI E

Tti m'oses aimer, et tu n'oses mourir ' ! Tu prétends un |>eu trop; mais, (juci que tu prolen<lcs, IJencis-toi digne du moins de ce que tu demandes; Cesse de fuir en làclie un i^lorieux trépas. Ou de m'oflrir un cuHiripie lu fais voir si bas; lais que je porte envie à la \erlu parfaite; Se te pouvant aimer, fais <iue je te regrette ; Ntontre d'un vrai Iiomain la dernière vigueur, El mérite mes pleurs au défaut de mon cu'ur. Quoi ! si ton amitié |)our Cinna s'intéresse , Crois-tu qu'elle consiste à llatter sa maîtresse? Apprends, apprends de moi quel en est le devoir, Et donne-m'en l'cNemple, ou viens le recevoir.

MAXIME

Notre juste douleur est trop impétueuse.

EMILIE

La tienne en ta faveur est trop ingénieuse. Tu me parles déjà d'un bienheuieux retour, Et dans tes déplaisirs lu conçois de l'amour I

MAXIME

Cet amour en naissant csl toutefois extrême :

C'est votre amant en vous, c'est mon ami (pie j'aime;

Et des mêmes ardeurs dont il fut embrasé...

.tV.ILlE.

Maxime, eu voilà trop pour un liomme avisé*. Ma perte m'a surprise , et ne m'a point troublée; Mon noble désespoir ne m'a point aveuglée; Ma vertu tout entière agit sans s'émouvoir, Et je vois malgré moi plus que je ne > eux voir.

MAXIME

Quoi! vous suis-je suspect de quclipie perfidie?

EMILIE

Oui , tu l'es, puisipie enfin tu veux que je le die; L'ordre de notre fuite est tiop bien concerté i'our ne te soupçonner d'aucune làcbeté :

* Tu ii)*usi-s aimer, et tu n'oses niv<urir! eut subliiiio. (V.)

' ,^f(sé n'est pas le mot [iroprc ; il soiiiHc qu'.iii contr;iire .Maxiinca cté trop peu avisé : il parait trop éviilciiiiuont un pcrûile; ICenliie la déjà ^Ppi\«! latin.-. (V.)

228 CIXNA.

Les dieux seraient pour nous jirodii^ues en miracle* S'ils en avaient sans toi levé tous les obstacles. Fuis sans moi ; tes amours sont ici superflus.

MAXIME

Al) ! vous m'en dites trop.

EMILIE

J'en présume encor plus.

Ke crains pas toutefois que j'éclate en injures; Mais n'espère non plus m'éblouir de parjures Si c'est te faire tort que de m'en défier, Viens mourir avec moi pour te justifier.

Vivez, belle iEmilie, et souffrez qu'un esclave...

EMILIE

Je ne t'écoute plus qu'en présence d'Octave. Allons , Fulvie, allons.

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