‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 153 sur 386 · ACTE S^ SCOE II · texte numérisé non relu

ACTE S^ SCOE II

Je la lui fis jurer; il chercha des amis : Le ciel rompt le succès que je m'étais |>romis , Et je vous viens, seigneur, oflrir une victime; Non pour sauver sa vie eu me chargeant du crime , Son trépas e&t trop juste après son attentat , Et toute excuse est vaine en un crime d'État : Mourir en sa présence, et rejoindre mon i)ère, C'est tout ce (jui m'amène, et tout ce que j'espère.

AlCl'STK.

Jusques à quand , ô ciel , et j)ar (ludlc raison I*rendrez-vous contre moi des traits dans ma maison? Pour ses déhordements j'en ai chassé Julie; Mon amour en sa place a fait choix d'.Emilie, Et je la vois comme elle indigne de ce rang. L'une m'ôtail l'honneur, l'autre a soif de non san;;; Et, prenant toutes deux leur passion [)uur guide. L'une fut impudi(iue, et l'autre est parri* ide '. O ma lillel est-ce là le prix de mes bienfads?

.tMILlE.

Ceux de mon père en vous firent mêmes eficts.

AUGUSTE

Songe avec ipiel amour j'élevai ta jeunesse.

EMILIE

U éleva la vôtre avec même tendresse ; 11 fut votre tuteur, et vous son assassin; Et vous m'avez au crime enseigné le chemin . Le mien d'avec le vôtre en ce point seul diffère. Que votre ambition s'est immolé mon père. Et ([u'un juste courroux dont je me sens brûler .\ son sang innocent voulait vous immoler.

livie'.

C'en est trop , .Emilie , arrête , et considère Qu'il t'a trop bien payé les bienfaits de ton père ; Sa mort , dont la mémoire alhmie ta fureur, Fut un crime d'Octave, et non de l'empereur.

' n est ici question de Julie et d'Kiuliic. Les gcus Instruits savent qu'Kmilie ne fui jamais adoptée par .Auguste ; elle ne lest que dans cette pièce. (V.)

» Les corucdiens ont relranclK" tout le couplet de Livlc, ijui ne vient que pour débiter une maxime aussi fausse qu'lurrible, qu'il est permis d'susasiner pour une couronne , et qu'on est absnis de tous 1rs c rliiie» quand on règne. (V.}

Tous ces crimes d'Etat qu'on fait pour fa couronne , Le ciel nous en absout alors qu'il nous la donne. Et , dans le sacré rang où sa laveur l'a mis, Lo passé devient juste et l'avenir permis. Qui peut y parvenir ne peut être coupable ; Quoi qu'il ait fait ou fasse , il est inviolable : Nous lui devons nos biens, nos jours sont en sa main; Et jamais on n'a droit sur ceux du souverain.

EMILIE

Aussi, dans le discours que vous venez d'entendre. Je parlais pour l'aigrir, et non pour me défendre.

Punissez donc , seigneur, ces criminels appas Qui de vos favoris font d'illustres ingrats ; Trancbez mes tristes jours pour assurer les vôtres. Si j'ai séduit Cinna, j'en séduirai bien d'autres ; Et je suis plus à craindre, et vous plus en danger, Si j'ai l'amour ensemble et le sang à venger.

Que vous m'ayez séduit, et que je souffre encore D'être déshonoré par celle que j'adore !

Seigneur, la vérité doit ici s'exprimer : J'avais fait ce dessein avant que de l'aimer; A mes plus saints désirs la trouvant inflexible, Je crus qu'à d'autres soins elle serait sensible ; Je parlai de son père et de votre rigueur, Et l'offre de mon bras suivit celle du cœur. Que la vengeance est douce à l'esprit d'une femme! Je l'attaquai par là, par là je pris son âme; Dans mon peu de mérite elle me négligeait , Et ne put négliger le bras qui la vengeait : Elle n'a conspiré que par mon artifice; J'en suis le seul auteur, elle n'ost que complice.

EMILIE

Cinna , qu'oses-tu dire ? est-ce là me chérir, Que de m'ôter l'tionneur quand il me faut mourir.'

Mourez , mais en mourant ne souillez point m? gloirt'.

^EMILIE

La mienne se flétrit si César te veut croire.

CrNNA.

Et la mienne se perd si vous tirez à vous

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