‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 156 sur 386 · ACTE V, SCf^>h lli · texte numérisé non relu

ACTE V, SCf^>h lli

Oc qui le souvenir puisse aller jusqu'à vous.

Soyons amis, Cinna, c'est moi qui t'en convie ' : Comme à mon ennemi je l'ai donné la vie; Et, malgré la fureur de ton lilciie dessein. Je te la donne encor comme à mon assassin. Commençons un combat qm montre i)ar l'issue Qui l'aura mieux de nous on donnée ou reçue. Tu trahis mes bienfaits, je les veux redoubler; Je t'en avais comblé, je t'en veux accabler : .\vec cette beauté que je t'avais donnée, R(>çois le consulat pour la prochaine année.

Aime Ciima , ma fille, en cet illustre rang ; Préfères-en la pourpre à celle de mon sang '; Apprends sur mon exemple à vaincre ta colère : le rendant un époux , je te rends plus qu'un père.

Et je me rends , seigneur, à ces hautes bontés; Je recouvre la vue auprès de leurs clartés : Je connais mon forfait qui me semblait justice; Et ( ce que n'avait pu la terreur du supplice) Je sens naître en mon ùme un rejjcntir puissant, Et mon cœur en secret me dit qu'il y consent. Le ciel a résolu votre grandeur suprême ; •

' C'est ce que dit .Auguste qui est admirable; C'est la ce qui lit \crser des larmes au graiiil Condé , larmes qui n'appartiennent qu'à de belle» Ames.

De toutes les tragédies de Corneille , celle-ci Dl le plus ^raiid ('([et à la cour , et on peut lu: appliquer ces vers du vieil Horace :

C'est aux rois, c'est aux grands, c'est aux esprits bien fjits...

C'est d'eux seuls qu'on attend la véritable gloire.

De plus, on était alors dans un temps où les esprits, animé» par le» factions qui avaient agité le règne de Louis XIII , ou plutôt du cardinal de Richelieu , étatcDl plus propres à recevoir les sentiments qui règneni dms cette pièce. Les premiers spectateurs furent ceu\ quicombsJtircnt il la Marfée, et qui lii-ent la guerre de la Fronde. Il y a d'ailleurs dans cette pièce un vrai continuel, un développement de la constitution de l'empire romain qui plait extrêmement aux hommes d'État; et alurs chacun voulait l'être.

J'observerai ici que , dans toutes les tragédies grecques faites pour un peuple si amoureux de sa liberté, on ne trouve pas un Irait qui regarde cette liberté, et qae Corneille, né Français , en est rempli. (V.)

^ iM pourpre d'un rang est intolérable; cette pourpre, comparée lu •"iang parce qu'il est rouge, est puérile. (V.)

Et pour preuve , seigneur, je n'en veux que moi-même :

J'ose avec vanité me donner cet éclat ,

Puisqu'il change mon cœur, qu'il veut changer l'État.

Ma haine va mourir, que j'ai crue immortelle :

Elle est morte , et ce cœur devient sujet fidèle ;

Et, prenant désormais cette haine en horreur,

L'ardeur de vous servir succède à sa fureur.

Seigneur, que vous dirai-je après que nos offenses AU /ieu de châtiments trouvent des récompenses.' O vertu sans exemple ! ô clémence , qui rend Votre pouvoir plus juste, et mon crime plus grand!

ACGISTE.

Cesse d'en retarder un oubli magnanime; Et tous deux avec moi faites grâce à Maxime : 11 nous a trahis tous ; mais ce qu'il a commis Vous conserve innocents , et me rend mes amis.

( à Masime. )

Reprends auprès de moi ta place accoutumée; Rentre dans ton crédit et dans ta renommée; Qu'Euphorbe de tous trois ait sa grâce à son tour; Et que demain l'hymen couromie leur amour. Si tu l'aimes encor, ce sera ton supplice.

MAXIME

Je n'en murmure point , il a trop de justice ; Et je suis plus confus , seigneur, de vos bontés Que je ne suis jaloux du bien que vous m'ôlez.

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