ACTE I, SCÉ.NE 111. S
De l'amour qu'on nous offre, et des vœux qu'on nous l;iil. Tant ([u'ils ue sont (ju'amaiits nous souiaics souveraines, Et jusqu'à la conquête ils nous traitent de reines; Mais après l'ii) menée ils sont rois à leur tour '.
STIIATONICE.
Polyeucte pour vous ne nian(ine point d'amour;
S'il ne vous traite ici d'entière confidence»,
S'il part malgré vos pleurs, cest un trait de prudente';
Sans vous en affliger, présumez avec moi
Qu'il est plus à propos qu'il vous cèle pourquoi ^;
Assurez-vous sur lui qu'il en a juste cause.
Il est bon qu'un mari nous cache (juelque cliose%
Qu'il soit <iuelquefois libre, et ne s'abaisse pas
A nous rendre toujours comjjte de tous ses [)as :
On n'a tous deux- qu'un cour qui sent mêmes traverses;
Mais ce cœur a pourtant ses fonctions diverses,
Et la loi de l'hymen (jui vous tient assemblés '
S'ordonne pas qu'il tremble alors que vous tremblez :
Ce qui fait vos frayeurs ne peut le mettre en peine;
U est Arménien, et vous êtes Romaine,
Et vous pouvez savoir que nos deux nations
N'oi't pas sur ce sujet mêmes impressions.
' Ce vers a passé en proverbe. Il o'est pas , à la vérité, de b li.iute tragédie , laaLs cette naïveté ne peut déplaire.
Et tragicus pterumnut doUt iermone pedettri,
' Cela n'est pas français, c'est un barbarisme de plirase. (V.) ^ Expression de la haute comédie, mais que la tragédie peut souffrir. (V.)
4 C'est une règle assez générale qu'un vers héroïque ne doit guère finir par un adverbe , à moins que cet adverbe se fasse à peine remarquer comme adverbe : Je ne ne le verrai plus , Je ne l'aimerai jamais. Pourquoi pourrait être employé à la fin d'un vers quand le sens est suspendu :
Eb! comment cl pourquoi Vouler-vou« que je vive, Q'iand vous ne vivez pas pour moi ?
QUIJJAULT.
Slais alors ce pourquoi lie la phrase. Vous ne trouverez Jamais dans le style noble, il m'a dit pourquoi ; je sais pourquoi .' la nuance du simple et du familier est délicate , il Tant la saisir. (V.)
* Ce vers est absolument comique. ^\.)
* Le mot propre est unis ; on ne peut se servir !e cel'.il li'asictnbltr que pour pliisleurs personnes. (V.)
256 POLYEUCTE
Un songe en notre esprit passe pour ridicule , Il ne nous laisse espoir, ni crainte, ni scrupui»;; Mais il passe dans Rome avec autorité Pour fidèle miroir de la fatalité.
PAULINE
Quelque peu de crédit que chez vous il obtienne , Je crois que ta frayeur égalerait la mienne , Si de telles horreurs t'avaient frappé l'esprit , Si je t'en avais fait seulement le récit.
STRATOMCE.
A raconter ses maux souvent on les soulage.
PACLLNE.
Écoute ; mais il faut te dire davantage ,
Et que , pour mieux comprendre un si triste discours,
Tu saches ma faiblesse et mes autres amours :
Une femme d'honneur peut avouer sans honte
Ces surprises des sens que la raison surmonte;
Ce n'est qu'en ces assauts qu'éclate la vertu.
Et l'on doute d'un cœur qui n'a pobt combattu.
Dans Home, où je naquis, ce malheureux visage D'un chevalier romain captiva le courage; n s'appelait Sévère : excuse les soupirs Qu'arrache encore un nom trop cher à mes désirs.
STRATOMCE.
Est-ce lui qui naguère aux dépens de sa \ie Sauva des ennemis votre empereur Décie, Qui leur tira mourant la victoire des mains' , Et fit tourner le sort des Perses aux Romains ? Lui , qu'entre tant de morts immolés à son maître , On ne put rencontrer, ou du moiris reconnaître ; A qui Décie enfin, pour des exploits si beaux, Fit si pompeusement dresser de vains tombeaux?
PAULINE
Hélas ! c'était lui-même, et jamais notre Rome
K'a produit plus grand cœur, ni vu plus honnête homme.
Puisque tu le connais , je ne t'en dirai rien.
Je l'aimai , Stratonice ; il le méritait bien.
Mais que sert le mérite où manque la fortune?
L'un était grand en lui, l'autre faible et commune;
' Tirer la victoire des mains , expression impropre et un peu basse lujourd'liui; peut-être ne l'était-cUe pas alors. (V.)