‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 175 sur 386 · ACTE 11, SCÈNE II. 26S · texte numérisé non relu

ACTE 11, SCÈNE II. 26S

Que loiitaiiire que moi vous flatte et vous abuse, Pauline a l'àiiic noble , et parle à cceiir ouvert.

Le bruit de votre mort n'est point ce qui vous perd ; Si le ciel en mon choix eût mis mon liyménée , A vos seules vertus je me serais donnée, tl toute la rigueur de votre premier sort Contre votre mt^rite eût foit un vain effort; Je découvrais en vous d'. ssez illustres manpies Pour vous préférer même aux plus heureux monarques: Mais puisque mon devoir m'imposait d'autres lois. De quelque amant pour moi que mon père eût fait choix , Quand à ce grand pouvoir que la valeur vous donne Vous auriez ajouté l'éclat d'une couronne , Quand je vous aurais vu', quand je l'aurais haï , J'en aurais soupiré, mais j'aurais obéi , Et sur mes passions ma raison souveraine Eût blâmé mes soupirs et dissipé ma haine.

SÉVÈRE

Que vous êtes heureuse ! et qu'un peu de soupirs Fait un aisé remède à tous vos déplaisirs ! Ainsi , de vos désirs toujours reine absolue. Les plus grands changements vous trouvent résolue ; De la phis forte anleur vous portez vos esprits Jusqu'à l'indifférence , et peut-être au mépris ; ht votre fermeté fait succéder sans peine La faveur au dédain , et l'amour à la haine.

Qu'un peu de votre humeur ou de votre vertu Soulagerait les maux de ce cœur abattu ! Un soupir, une larme à regret épandue M'aurait déjà guéri de vous avoir perdue ; Ma raison pourrait tout sur l'amour affaibli , Et de l'indifférence irait jusqu'à l'oubli ; Lt, mon feu désormais se réglant sur le vôtre , Je me tiendrais heureux entre les bras d'une autre. 0 trop aimable objet , qui m'avez trop charmé ,

téresse , parce que tous ses sentiments sont nobles. On n'Insiste pas ici sur la douceur inft7iie de l'hymen , sur CCS expressions : écluircîs-moi ce point, voiti vous échapperez ; ne pousse qu'injure ; et tes premiers mouvements des vrais amants. 11 est peut être un peu étrange qiip Pauline ait parlé de ces premiers mouvements à l'écuycr Fabian; nwu «afin Igut cela n'ûtc rien à l'intérêt tl;é:\tral. (V.)

270 POLiF.UCTL.

Kst-ce là comme on aime, et m'avez-vous aimé ?

PAULINE

Je vous l'ai trop fait voir, seigneur; et si mon âœe

Pouvait bien étouffer les restes de sa flamme.

Dieux, que j'éviterais de rigoureux tourments!

Ma raison , il est vrai , dompte mes sentiments •

Mais , quelque autorité que sur eux elle ait prise ,

Elle n'y règne pas, elle les tyrannise;

Et , quoique le dehors soit sans émotion.

Le dedans n'est que trouble et que sédition :

Un je ne sais quel cliarme encor vers vous m'emporte;

Votre mérite est grand , si ma raison est forte :

Je le vois, encor tel qu'il alluma mes feux ,

D'autant plus puissamment solliciter mes vœux

Qu'il e?t environné de puissance et de gloire.

Qu'en tous lieux après vous il traîne la victoire,

Que j'en sais mieux le prix , et qu'il n'a point déçu

Le généreux espoir que j'en avais conçu.

IMais ce même devoir qui le vainquit dans Rome ' ,

i:t qui me range ici dessous les lois d'un homme ,

P.epousse encor si bien l'effort de tant d'a.ppas..

Qu'il déchire mon âme ot ne l'ébranlé pas;

C'est cette vertu même, à nos désirs cruelle.

Que vous louiez alors en blasphémant contre elle -.

Plaignez-vous en encor; mais louez sa rigueur

Qui triomphe à la fois de vous et de mon cœur.

Et voyez qu'un devoir moins ferme et moins sincère^

K'aurait pas mérité l'amour du grand Sévère.

' On a substitué me à le dans quelques éditions. (V.) — Ce le ne se r;<pporte point à espoir ainsi que l'a prétendu Voltaire; il se rapporte à ce charme qui entraînait Pauline vers Sévère, à ce mérite qu'elle voit encore en lui, comme elle le voyait lorsqu'elle pouvait se flatter de lobienir pour époux. (P.)

' Louiez, louer, blasphémer, termes qu'on eût dû corriger; car louiez cstidèsagréable à l'oreille : blasphémer n'est point convenable. l'ous blasphémiez contre ma vertu ; cela ne peut se dire ni en vers ni en prose : une femme doit faire sentir qu'elle est vertueuse , et ne jamais dire ma vertu Voyez si Monime, dont Mithridate voulut faire sa concubine, et qui est attaquée par les deux enfants de ce prince, dit janiais ma vertu. (V.)

^ Cn devoir ne peut être ni ferme ni faible : c'est le cœur qnl l'est. Mais le sens est si clair, que le sentiment ne peut être affaibli. <V.)

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