‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 177 sur 386 · PAULINE, STRATONICE · texte numérisé non relu

PAULINE, STRATONICE

STRATONICE

Je VOUS ai plaints tous deux , j'en verse encor des larme • ; Mais du moins votre esprit est iiors de ses alarmes ': Vous voyez clairement que votre songe est vain ; Sévère ne vient pas la vengeance à la main.

PAULINE

Laisse-moi respirer du moins, si tu m'as plainte : Au fort de ma douleur tu rappelles ma crainte ; Souffre un peu de relâche à mes esprits troublés , Et ne m'accable point par des maux redoublés.

STRATOMCE.

Quoi ! vous craignez encor ?

PAULINE

Je tremble , Stratonice; Et, bien que je m'effraie avec peu de justice , Cette injuste frayeur sans cesse reproduit L'image des mallieurs que j'ai vus cette nuit.

STRATONICE

Sévère est généreux.

PACLINE.

Malgré sa retenue , Polyeucte sanglant frappe toujours ma vue.

STRATONICE

Vous voyez ce rival faire des vœux pour lui.

Corneille sentait bien que l'entrevue de deux personnes qui s'aiment et qui ne doivent pas s'aimer ferait un très-grand effet; etl'liôtel de Rambouillet ne sentit pas ce mérite. Jusqu'Ici on ne voit à la vérité dan^i Pauline qu'une femme qui n'a point épousé son amant, qui l'aime encore et qui le lui dit quinze Jours après ses noces; mais c'est une préparation à ce qui doit suivre , au péril de son mari , à la fermeté que montrera Pauline en parlant à Sévère pour ce mari même, à la grandeur d'Ame de Sévère : voilà ce qui rend l'amour de Pauline Iniinimejit théâtral et digne de la tragédie. (V.)

' On dit hors d'alarmes . 'lors de crainte, hors de danger; mais non hors de ses alarmes, de sa crainte, de son danger, parce qu'on n'est pas ^o^s de quelque chose qu'on a ; il est hors de mesure, et non hors de sa mesure ; ce mot hors bien employé peut devenir noble :

Mais le ccpiir d'Emilie rst hors de son pouvoir. (V.)

274 l'OLYEUCTE.

l'ALLlNE.

Je crois même au besoin qu'il serait son appui : Mais, Soit cette croyance ou fausse, ou vcritàn!»'. Son séjour en ce lieu m'est toujours redoutal.>if ; A quoi que sa \ertu puisse le disposer, Il est puissant, il m'aime, et vient pour m'époustr.

SCÈ.XE IV.

POLYEUCTE, XÉARQUE, PAULINE, STPATOMCE.

POLyEUCTE.

C'est trop verser de pleurs; il est temps qu'ils tarissent : Que votre douleur cesse, et vos craintes finissent; Malgré les aux avis par vos dieux envoyés , Je suis vivant , madame , et vous me revoyez.

P.ULIXE.

Le jour est encor long, et, ce qui plus m'effraie, La moitié de l'avis se trouve déjà vraie; J'ai cru Sévère mort , et je le vois ici.

rOLYEtCTE.

Je le sais ; mais eufin j'en prends peu de souci. Je suis dans Mélitène ; et , quel que soit Sévère , Vûtrt père y commande, et l'on m'y considère; Et je ne pense pas qu'on puisse avec raison U'un Djeur tel que le sien craindre une trahison : On m'avait assuré qu'il vous faisait visite ' , Et je venais lui rendre un honneur qu'il mérite.

PACUNE.

Il vient de me quitter assez triste et confus ; Mais j'ai gagné sur lui qu'il ne me verra plus.

POLVElClï.

Quoi 1 vous me soupçonnez déjà de quelque ombrage?

' Discuiir» trop familier. Polyeucte , à la vérité , joue un rôle un peu désagréable, et n'intéresse encore en rien : revenir pour dire qu'il n'esi pas mort, cela n'est pas tragique; et il est bien étrange que Polyeucte ait appris que Sévère faisait visite à sa femme avant l'avoir vu ni Polyeucte ni Félix : cela n'est ni décent ni vraisemblable ; une telle conduite est révoltante dans un homme comme Sévère, Félix aurait da aller au-devant de lui , ou Sévère aurait dû rendre visite â Félis , et de • mander Zu luuins i voir Polyeucte. .V.)

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