‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 20 sur 386 · D. ARIAS , LE COMTE · texte numérisé non relu

D. ARIAS , LE COMTE

LE COMTE

Je l'avoue entre nous , mou sang un pou trop rliautî Sest trop ému d'un mot, et l'a porté trop haut. Mais, puisque c'en est (ait , le coup est sans remède.

D. ARIAS

Qu'aux volontés du roi ce grand courage cède : Il y prend grande part; et son cœur irrité Agira contre vous de pleine autorité.

Aussi vous n'avez point de valable défense. Le rang de l'offensé, la grandeur de l'offense, Demandent des devoirs et des submissions Qui passent le conuuun des satisfactions.

LE COMTE

Le roi peut à son gré disposer de ma vie.

D. ARIAS

De trop d'emportement votre faute est suivie. Le roi vous aime encore; apaisez son courroux Il a dit , JE LE YEUX ; désobéi rez-vouâ .'

LE COMTE

Monsieur, pour conserver tout ce que j'ai d'estime, Désobéir un peu n'est pas un si grand crime ; Lt , (piehiue grand qu'il soit , mes services présents Pour le fiiire abolir sont plus que suflisants.

n. ARL\S.

Quoi qu'on fasse d'illustre et de considérabk- , J.iîiiiiis à son sujet un roi n'est redevable-

Vous vous datiez beaucoup, et vous devez savoir Que qui sert bien son roi ne fait que son devoir. Vous vous perdrez, monsieur, sur cette confiance.

LE COMTE

Je ne vous en croirai quaprès l'expérience.

D. AllIAS.

Vous devez redouter la [)uissance d'un roi.

LE COMTE

Un jour seul ne perd [)as un homme tel que moi. Que toute sa grandeur s'aime pour mon sup|)lice, Tout l'État périra , s'il faut que je périsse.

D. ARIAS

Quoil vous craignez si peu le pouvoir souverain...

LE COMTE

U'un sceptre qui sans moi tomberait de sa main. Il a trop d'intérêt lui-môme en ma personne, Et ma lête en tombant ferait choir sa couronne.

D. ARIAS

Souffrez que la raison remette vos esprits. l'renez un bon conseil.

Le conseil eu est pris.

D. ARIAS

Que lui dirai-je eiiiin ? je lui dois rendre compte.

LE COMTE

Qut je ne (luis du tout consentir à ma honte.

D. ARIAS

Mais songez que les rois veulent être absolus.

LE COMTÉ

Le sort en est jeté, monsieur; n'en parlons plus.

D. ARIAS

Ailiou donc, puisqu'en vain je tâche à vous résoudre. Avec tous vos lauriers , craignez encor le foudre.

LE COMTE

Je l'attendrai sans peur.

n. ARIAS.

]\lais non pas sans eiTet.

LE COMTE

Nous verrons donc par là don Diègue satisfait.

(1! esl seul.)

Qui ne craint point la mort ne craint noiiit les menaces.

ACTK II, SCKM': II. 41

J'ai le cœur aii-dossiis des plus fièrcs disgrAcos ; Et l'on peut me réduire à vivre sans bonheur. Mais non pas me n'-soudre h vivre sans iionnciir.

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