ACTE 11, SCÈNE II. -U
N'envoyait qu'uu esquif rempli de satellites,
11 soupçonne aussitôt son manquement de foi
Et se laisse surprendre à quelque peu d'effroi ;
Enfin, voyant nos bords et notre flotte en armes,
Il condamne en son canir ses indignes alarmes ,
Et réduit tous les soins d'un si pressant ennui
\ ne hasarder pas Cornélie avec lui :
» N'exposons , lui dit-il , (jne cette seule tète
« A la réception que l'Egypte m'apprête ;
n Et , tandis que moi seul j'en courrai le danger,
« Songe à prendre la fuite afin de me venger.
« Le roi Juba nous garde une foi plus sincère;
« Chez lui tu trouveras et mes fils , et ton père,
•■ Mais quand tu les verrais descendre chez Pluton,
« Ne désespère point , du vivant de Caton. »
Tandis que leur amour en cet adieu conteste,
Acliillas à son bord joint son esquif funeste.
Septime se présente , et lui tendant la main,
Le salue empereur en langage romain ;
Et, comme député de ce jeune monarque,
« Passez , seigneur, dit-il , passez dans cette barque :
« Les sables et les bancs cachés dessous les eaux
« Rendent l'accès mal sûr à de plus grands vaisseau.\. »
Ce héros voit la fourbe , et s'en moque dans l'àme : 11 reçoit les adieu\ des siens et de sa femme , Leur défend de le suivre , et s'avance au trépas Avec le même front qu'il donnait les États ; La même majesté sur son visage empreinte Entre ces assassins montre un esprit sans crainte; Sa vertu tout entière à la mort le conduit : Son affranchi Philippe est le seul qui le suit; C'est de lui que j'ai su ce que je viens de dire; .Mes yeux ont vu le reste , et mon cœur en soupire , Et croit (jue César même à de si grands malheurs '
' i'n caurqui croit, dit Voltaire, ne serait pas souffert auJoard'huL Lui-même pourtant , par une figure plus hardie , avait fait dire à Mé- ■ rope :
.MuQ coeur 3 vu toujoun ce fiU que je regrette.
Croyalt-il donc alors qu'un cœur eût des yeux? Non; mais 11 écrivait en poCte; et, dans quelques-unes de ses remarques, U semble ne luge? lue d'après des dictionnaires. fP.}
Ne pourra refuser des soupirs et des pleurs.
CLÉOPATRE
N'épargnez pas les miens ; achevez , Achorée , L'iustoire d'une mort que j'ai déjà pleurée.
ACHORÉE
On l'amène ; et du port nous le voyons venir, Sans que pas un d'entre eux daigne l'entretenir. Ce mépris lui fait voir ce qu'il en doit attendre. Sitôt qu'on a pris terre , on l'invite à descendre : Il se lève ; et soudain pour signal Achillas , Derrière ce héros, tirant son coutelas , Septirae et trois des siens, lâches enfants de Rome, Percent à coups pressés les flancs de ce grand homme , Tandis qu'AcWllas môme, épouvanté d'horreur, De ces quatre enragés admire la fureur.
CLÉOPATRE
Vous qui livrez la terre au\ discordes civiles. Si vous vengez sa mort, dieux , épargnez nos villes 1 K'imputez rien aux lieux , reconnaissez les mains ; Le crime de l'Egypte est fait par des Romains. Mais que fait et que dit ce généreux courage ?
ACHORÉE
D'un des pans de sa robe il couvre son visage,
A sou mauvais destin en aveugle obéit.
Et dédaigne de voir le ciel qui le trahit ,
De peur que d'un coup d'œil contre une telle offense
Il ne semble implorer son aide ou sa vengeance.
Aucun gémissement à son cœur échappé
Ne le montre , en mourant , digne d'être frapj)é ' :
Immobile à leurs coups, en lui-mèma il rappelle'
» N'est-ce pas là encore une fausse idée ? Pourquoi Pompée auralMl été digne d'être frappé, s'il «ùt gémi? et qne yeul àitt digne d'être frappé? Quelle enflure! quelle fausse grandeur! (V.)
' Il vaut mieux suivre, comme Homire, la nature Jusque dans ses biblesses que de s'écarter d'elle trop loin , en cherchant un merveilleux qui lui est contraire ; comme Corneille , quand U dit que Pomper, dans le moment même qu'il est percé de coups par les assassins ,
Immobile à leurs roops, en lui-même rappelle...
' Le plus grand homme n'est point indifférent à un pareil moment; il i.e croit pas qu'il soit au-dessous de lui d'y penser. (L. Racine.} — /«»• mobile n'a et ne peut avoir de régime : car, en toute langue , on n'est Immobile ni à quelque chose ni en quelque chose. (V.) — [mmabile à