‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 236 sur 386 · ACTE 11, SCÈNE II. -U · texte numérisé non relu

ACTE 11, SCÈNE II. -U

N'envoyait qu'uu esquif rempli de satellites,

11 soupçonne aussitôt son manquement de foi

Et se laisse surprendre à quelque peu d'effroi ;

Enfin, voyant nos bords et notre flotte en armes,

Il condamne en son canir ses indignes alarmes ,

Et réduit tous les soins d'un si pressant ennui

\ ne hasarder pas Cornélie avec lui :

» N'exposons , lui dit-il , (jne cette seule tète

« A la réception que l'Egypte m'apprête ;

n Et , tandis que moi seul j'en courrai le danger,

« Songe à prendre la fuite afin de me venger.

« Le roi Juba nous garde une foi plus sincère;

« Chez lui tu trouveras et mes fils , et ton père,

•■ Mais quand tu les verrais descendre chez Pluton,

« Ne désespère point , du vivant de Caton. »

Tandis que leur amour en cet adieu conteste,

Acliillas à son bord joint son esquif funeste.

Septime se présente , et lui tendant la main,

Le salue empereur en langage romain ;

Et, comme député de ce jeune monarque,

« Passez , seigneur, dit-il , passez dans cette barque :

« Les sables et les bancs cachés dessous les eaux

« Rendent l'accès mal sûr à de plus grands vaisseau.\. »

Ce héros voit la fourbe , et s'en moque dans l'àme : 11 reçoit les adieu\ des siens et de sa femme , Leur défend de le suivre , et s'avance au trépas Avec le même front qu'il donnait les États ; La même majesté sur son visage empreinte Entre ces assassins montre un esprit sans crainte; Sa vertu tout entière à la mort le conduit : Son affranchi Philippe est le seul qui le suit; C'est de lui que j'ai su ce que je viens de dire; .Mes yeux ont vu le reste , et mon cœur en soupire , Et croit (jue César même à de si grands malheurs '

' i'n caurqui croit, dit Voltaire, ne serait pas souffert auJoard'huL Lui-même pourtant , par une figure plus hardie , avait fait dire à Mé- ■ rope :

.MuQ coeur 3 vu toujoun ce fiU que je regrette.

Croyalt-il donc alors qu'un cœur eût des yeux? Non; mais 11 écrivait en poCte; et, dans quelques-unes de ses remarques, U semble ne luge? lue d'après des dictionnaires. fP.}

Ne pourra refuser des soupirs et des pleurs.

CLÉOPATRE

N'épargnez pas les miens ; achevez , Achorée , L'iustoire d'une mort que j'ai déjà pleurée.

ACHORÉE

On l'amène ; et du port nous le voyons venir, Sans que pas un d'entre eux daigne l'entretenir. Ce mépris lui fait voir ce qu'il en doit attendre. Sitôt qu'on a pris terre , on l'invite à descendre : Il se lève ; et soudain pour signal Achillas , Derrière ce héros, tirant son coutelas , Septirae et trois des siens, lâches enfants de Rome, Percent à coups pressés les flancs de ce grand homme , Tandis qu'AcWllas môme, épouvanté d'horreur, De ces quatre enragés admire la fureur.

CLÉOPATRE

Vous qui livrez la terre au\ discordes civiles. Si vous vengez sa mort, dieux , épargnez nos villes 1 K'imputez rien aux lieux , reconnaissez les mains ; Le crime de l'Egypte est fait par des Romains. Mais que fait et que dit ce généreux courage ?

ACHORÉE

D'un des pans de sa robe il couvre son visage,

A sou mauvais destin en aveugle obéit.

Et dédaigne de voir le ciel qui le trahit ,

De peur que d'un coup d'œil contre une telle offense

Il ne semble implorer son aide ou sa vengeance.

Aucun gémissement à son cœur échappé

Ne le montre , en mourant , digne d'être frapj)é ' :

Immobile à leurs coups, en lui-mèma il rappelle'

» N'est-ce pas là encore une fausse idée ? Pourquoi Pompée auralMl été digne d'être frappé, s'il «ùt gémi? et qne yeul àitt digne d'être frappé? Quelle enflure! quelle fausse grandeur! (V.)

' Il vaut mieux suivre, comme Homire, la nature Jusque dans ses biblesses que de s'écarter d'elle trop loin , en cherchant un merveilleux qui lui est contraire ; comme Corneille , quand U dit que Pomper, dans le moment même qu'il est percé de coups par les assassins ,

Immobile à leurs roops, en lui-même rappelle...

' Le plus grand homme n'est point indifférent à un pareil moment; il i.e croit pas qu'il soit au-dessous de lui d'y penser. (L. Racine.} — /«»• mobile n'a et ne peut avoir de régime : car, en toute langue , on n'est Immobile ni à quelque chose ni en quelque chose. (V.) — [mmabile à

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