‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 244 sur 386 · SOLDATS R0M.V1.NS, SOLDATS ÉGYPTIENS. PTOLOMÉE · texte numérisé non relu

SOLDATS R0M.V1.NS, SOLDATS ÉGYPTIENS. PTOLOMÉE

Seigneur, montez au trône et commandez ici.

' Cela est Impropre; on met dts gardes , ei od donno des or'tr?«.lVJ ' Vers familier de comédie. (V.)

CÉSVR.

Connaissez-vous César , de lui parler ainsi " ?

Que m'offrirait de pis la fortune ennenaie ,

A moi qui tiens le trône égal à l'infamie ' !

Certes , Rome à ce coup pourrait bien se vanter

D'avoir eu juste lieu de me persécuter;

Elle qui d'un même œil les donne et les dédaigne,

Qui ne voit rien aux rois qu'elle aime ou qu'elle craigne ,

Et qui verse en nos cœurs, avec l'âme et le sang ,

Et la haine du nom , et le mépris du rang.

C'est ce que de Pompée il vous fallait apprendre :

S'il en eût aimé l'offre , il eût su s'en défendre ;

Et le trône et le roi se seraient ennoblis

A soutenir la main qui les a rétablis.

Vous eussiez pu tomber , mais tout couvert de gloire -.

Votre chute eut valu la plus haute victoire;

Et si votre destin n'eût pu vous en sauver ,

César eût pris plaisir à vous en relever.

Vous n'avez pu former une si noble envie.

Mais quel droit aviez-vous sur cette illustre vie ?

Que vous devait sou sang pour y tremper vos mains ,

Vous qui devez respect au moindre des Romains ?

Ai-je vaincu pour vous dans les champs de Pharsale.'

Et, par une victoire aux vaincus trop fatale ,

' Beaucoup de bons Juges ont trouvé que César a/fecte ici un peo trop de rodomontade ; que la véritable grandeur est plus simple; que le* Romains ne regardaient point le trône comme une Infamie; qu'ils avaient au contraire aboli chez eux le nom de roi, comme trop dangereux à Rome ; que le» Romains n'avaient aucun «mépris pour un roi d'Egypte ; que César Joue un peu sur le mot ; que quand Ptolémée lui dit , montet au trône, il veut dire seulement, soyez ici le maitre, et non pas , /ailes-vous couronner roi d'c^j/pfe; qu'enfin César réponde un compriment très-raiâonnable par des hauteurs qnl sentent plus la vanité que la grandeur. Ces critiques peuvent être /ondées; mais peut-être est-U nécessaire d'enfler un peu la grandeur romaine sur le théâtre , comme on place des figures colossales dans de vastes enceintes. 11 ett bien certain que quand Ptolémée dit à César, commandez «ci, il ne lui dit pas , prenez le titre de roi d'Egypte, au lien de celui i'imperator, de consul, de triumvir ; mais César veut humilier Ptolémée. Le spectateur est charmé de voir ce roi abaissé et confondu , et les reproches sur la mort de Pompée sont admirables. ^V.)

> Jamais ou n'a tenu le trône ijal à l'infamie : il n'y a là qu'un faux atr de grandeur, et tout faux air est puéril. César tenait si peu le Irônc égal à l'infamie , qu'il voulut depuis être reconnu roi. Les Romains craignaient chez eux la royauté; mais le trftne ailleurs n'était point infime, t V.)

Page 1