‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 248 sur 386 · ACTE IH, SCKNh IV · texte numérisé non relu

ACTE IH, SCKNh IV

J(; dois bien toutefois rendre grâces aux dieux

De ce (lu'cu arrivant je te trouve en ces lieux ,

Que César y coaunande , et non pas Ptolomée.

Hélas ! et sous quel astre , 0 ciel , ni'as-tu formée ,

Si je leur dois des vœux de ce (ju'ils ont permis

Que je rencontre ici mes plus grands ennemis,

fA tombe entre leurs mains plutôt qu'aux mains d'un prince

Qui iloit à mou époux son trône et sa province?

César, de ta victoire écoute moins le bruit ; tlle n'est (pie l'effet du malheur (jui me suit ; Je l'ai porté pour dot chez Pompée et chez Crasse; Deux fois du monde entier j'ai causé la disgrâce ' , Deux lois de mon hymen le nœud mal assorti A chassé tous les dieux du plus juste parti : Heureuse en mes malheurs, si ce triste hy menée, Pour le bonheur de Rome , à César m'eut donnée ! lit si j'eusse avec moi porté dans ta maison D'un astre envenimé l'invincible poison * ! Car enfin n'attends pas que j'abaisse ma haine. Je te l'ai déjà dit, César, je suis Romaine, Et , quoique ta cai)tive , un cœur comme le mien , De peur de s'oublier, ne te demande rien. Ordonne; et, sans vouloir qu'il tremble, ou s'humilie. Souviens-toi seulement (pie je suis Cornélie.

' Cetlc Imitation de Kiicairi , bis nocui niuiido, cl tous ces sentiments, DC sont-ils pas un peu trop cliargis dostenlalion? Pourquoi Cornélie a-t-clle fait le raallieur ilu njondc ? elle n'entra jamais dans les affaires publiques ; c'était une jeune veuve que Pompée fut blimé d'avoir épousée : elle eut deux maris maUicureux , mais ne fut cause du malheur d'aucun. (V.)

- Ce souliait d'être la femme de César pour lui porter l'invincible poison d'un astre parait trop recherché. Cela est encore imité de I.ucain , et n'en parait pas meilleur : il n'est point du tout naturel qu'elle pense être la cause des malheurs de Rome , puisnu'ellc na point été ta cause des guerres civiles. Elle rend grâces aux dieux d'avoir trouvé César ; elle lui demande la vengeance de la mort de son mari , et elle lui dit en même temps qu'elle voudrait l'épouser pour le rendre malheureux! De pareils Jeux d'esprit dégraderaient beaucoup le rolo de Cornélie, si quelque chose pouvait l'avilir. On pourrait dire que cette entrevue de Cornélie et de César est inutile à l'intrigue de la piéee. Cette tragédie ( qui est en efict d'un genre particulier qu'Userait très dangereux d'imiter) se soutient par les beaux morceaux de détail. Il >■ a des choses admirables dans ce discours de Cornélie. U serait à souhaiter "jii il )• ejt nroins de cette enllure qui est contraire à la vraie dif^nil^ et à la \raie douleur. (V.)

CÉSAR

O d'un illustre époux noble et digne moitié, Uonl le courage étonne , et le sort fait pitié! Certes, vos sentiments fout assez reconnaître Qui vous donna la main, et qui vous donna l'être^ Et l'on juge aisément, au cœar que vous portez. Où vous êtes entrée, et de qui vous sortez. L'àme du jeune Crasse , et celle de Pompée , L'une et l'autre vertu par le malheur trompée , Le sang des Scipions protecteur de nos dieux , Parlent par votre bouche et brillent dans vos yeux ; Et Rome dans ses murs ne voit point de famille Qui soit plus honorée ou de femme ou de fille. Plût au grand Jupiter, plût à ces mêmes dieux Qu'Annibal eût bravés jadis sans vos aïeux , Que ce héros si cher dont le ciel vous sépare ?s'eùt pas si mal connu la cour d'un roi barbare, Ni mieux aimé tenter une incertaine foi , Que la vieille amitié qu'il eût trouvée en moi ; Qu'il eût voulu soutfrir qu'im bonheur de mes armes Eût vaincu ses soupçons , dissijjé ses alarmes ; Et qu'enfin , m'attendant sans plus se défier. Il m'eût donné moyen de me justifier ! Alors , foulant aux pieds la discorde et l'euvie , Je l'eusse conjuré de se donner la vie, D'oubfier ma victoire , et d'aimer un rival Heureux d'avoir vaincu pour vivre son égal : J'eusse alors regagné son âme satisfaite Jusqu'à lui faire aux dieux pardonner sa défiite ; Il eût fait à son tour, en me rendant son cœur , Que Rome eût pardonné la victoire au vainqueur. Mais puisque par sa perte , à jamais sans seconde , Le sort a dérobé cette allégresse au monde , César s'elforcera de s'acquitter vers vous De ce qu'il voudrait rendre à cet illustre époux. Prenez donc en ces lieux liberté tout entière : Stulement pour deux jours soyez ma prisonnière. Afin d'être témoin comme , après nos débats , Je chéris sa mémoire et venge son trépas , Et de pouvoir apprendre à toute l'Italie De quel orgueil nouveau m'enfle la Thessalie.

ACri: I\ , SCKXh i. :u;:)

Je vous laisseà voiis-niémc et vous quitte un moment : Clioisissez-lui , Lépide , un digne appartement ' ; Et qu'on l'iionore ici , mais en clame romaine , C'est-à-dire un peu plus qu'on n'honore la reine. Commandez , et chacun aura soin d'obéir.

CORNÉLIE

0 ciel, que de vertus vous me faites haïr!

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