‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 26 sur 386 · D. 1 EH. N AND · texte numérisé non relu

D. 1 EH. N AND

Justes cieux ! ainsi donc un sujet téméraire

.V si peu de respect et de soin de me plaire!

Il offense don Dicgue, et méprise .son roi !

Ml milieu de ma cour il me «lonne la loi !

Qu'il soit brave guerrier, ipi'il soit grand capil:iine,

Je saurai bien rabattre une humeur si hautaine;

Fût-il la valeur même , et le dieu des condiats.

Il verra ce ([ue c'est que de n'obéir pas.

Quoi qu'ait pu mériter une telle insolence,

Je l'ai voulu d'abord traiter sjms Niolence;

Mais [)ui.s(pi'il en abuse, allez dès aujourd'hui ,

Soit iju'il résiste ou non , vous assurer de lui.

n. SA.Nanc.

l'cut-élp' un peu (!o temps le rendrait mtiins rebelle;

On l'a pris fout bouillant encor de sa querelltr Sire, dans la chaleur d'un premier mouvement, L'n rœur si généreux se rend malaisément. Il voit bien qu'il a tort, mais une àme si haute K'esi pas sitôt réduite à confesser sa faute.

D. FEIiBIA>D.

Don Sanche , taisez-vous , et soyez averti Qu'on se rend criminel à prendre sou parti.

D. SA.NCHE.

J'obéis , et me tais ; mais , de grâce encor, sire , Deux mots en sa défense.

D. fei;n\>d.

Et que pourrez-vous dire?

D. SANCUE.

Qu'une âme accoutumée aux grandes actions Ne se peut abaisser à des submissions : Elle n'en conçoit point qiii s'expliquent sans honte; Et c'est à ce mot seul qu'a résisté le comte. Il trouve en son devoir un peu trop de rigueur, Et vous obéirait , s'il avait moins de cœur. Commandez que son bras, nourri dans les alarmes. Répare cette injure à la pointe des armes; 11 satisfera, sire; et vienne qui voudra, Attendant qu'il l'ait su , voici qui répondra.

D. FEKXAND.

Vous perdez le respect : mais je pardonne à Tàge, Et j'excuse l'ardeur en un jeune courage. Un roi dont la prudence a de meilleurs objets Est meilleur ménager du sang de ses sujets : Je veille pour les miens , mes soucis les conservent. Comme le chef a soin des membres qui le servent. Ainsi votre raison n'est pas raison pour moi; A'ous parlez en soldat , je dois agir en roi ; Kt , quoi qu'on veuille dire , et quoi qu'il ose croiff , I.e comte à m'obéir ne peut perdre sa gloire. D'ailleurs l'affront me touche; il a perdu d'honneur Celui que de mon fils j'ai fait le gouverneur; S'attaquer à mon choix , c'est se prendre à moi-même. Et faire un attentat sur le pouvoir suprême. iN'en parlons plus. Au reste, on a vu dix vaisseaux t>t' nos vieux ennemis arborer '*s drapeaux;

Page 1