‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 260 sur 386 · ACTE V, SCÈNE I. J · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE I. J

Du coté (jiie le vont poussait encor les flots.

Je cours longtemps en vain ; niaisenlin d'une roche

J'en découvre le tronc vers un sable assez proclie,

Où la vague eu courroux semblait prendre plaisir

A feindre de le rendre, et puis s'en ressaisir.

If m'y jette, et l'embrasse, et le pousse au rivage;

i:t , ramassant sous lui le débris d'un naufrage,

If lui dresse un bilcherà la liàte et sans art,

Tel «lue je pus sur l'heure , et qu'il plut au hasard.

A peiiie brûlait-il, que le ciel plus propice

M'envoie un compagnon en ce pieux office :

C'ordus, un vieux Romain (pii demeure en ces lieuv,

Hetournant de la ville , y détourne les yeux ;

Et n'y voyant qu'un tronc dont la tète est coupée,

A cette triste marque il reconnaît Pompée.

Soudain la larme à l'œil, « O toi , qui que tu sois,

" A qui le ciel permet de si dignes emplois ,

" Ton sort est bien , dit-il , autre que tu ne penses;

«■ ïu crains des châtiments , attends des récompenses.

« César est en Egypte , et venge hautement

« Celui pour qui ton zèle a tant de sentiment.

« Tu peux faire éclater les soins qu'on t'en voit prendre,

« Tu peux même à sa veuve en reporter la cendre.

« Son vainqueur l'a reçue avec tout le resijcct

'> Qu'un dieu pourrait ici trouver à son aspect.

« Achève, je reviens. » Il part et m'abandonne ,

Et rapporte aussitôt ce vase qu'il me donne,

Où sa main et la mienne enfin ont renfermé

Ces restes d'un héros par le feu consumé.

C0R.NÉIJE.

0 que sa piété mérite de louan^ies !

PHILU'PE.

En entrant j'ai trouvé des désordres étranges. J'ai vu fuir tout un peuple eu foule vers le port Où le roi , disait on , s'était fait le plus fort. Les Romains poursuivaient; et César, dans la place Ruisselante du sang de cette populace , Montrait de sa justice un exemple assez beau , Faisant passer Photin par les mains d'un bourreau. Aussitôt (pi'il me voit, il daigne me connaître: 1^1, prenant Je ma main les cendrci de mon mailre:

« Restes d'un demi-dieu , dont à peine je puis

" Égaler le grand nom, tout vainqueur que j'en suis,

'< De vos traîtres, dit-il , voyez punir les crimes

" Attendant des autels , recevez ce^ victimes ;

" Bien d'autres vont les suivre. Et toi , cours au palais

« Porter à sa moitié ce don que je lui fais ;

« Porte à ses déplaisirs cette faible allégeance ,

" Et dis-lui que je cours achever sa vengeance. »

Ce grand homme à ces mots me quitte en soiipiranl ,

Et baise avec respect ce vase qu'il me rend.

CORNÉLIE

O soupirs, ô respect 1 ô qu'il est doux de plaindre Le sort d'un ennemi, quand il n'est plus à craindre • ! Qu'avec chaleur, Philippe , on court à le venger Lorsqu'on s'y voit forcé par son propre danger, El quand cet intérêt qu'on prend pour sa mémoire Fait notre sûreté comme il croît notre gloire ! César est généreux , j'en veux être d'accord ; Mais le roi le veut perdre, et son rival est mort. Sa vertu laisse lieu de douter à l'envie De ce qu'elle ferait s'il le voyait en vie : Pour grand qu'en soit le prix , son péril en rabat ' ; Cette ombre qui la couvre en affaiblit l'éclat: L'amour même s'y mêle , et le force à combattre ; Quand il venge Pompée , il défend Cléopâtre. Tant d'intérêts sont joints à ceux de mon époux , Que je ne devrais rien à ce qu'il fait pour nous , Si, comme par soi-même un grant^ cœur juge un autre,

■ Ces beaux vers font un trè-^-grand effet , parce que la maxime es| courte , et qu'elle est en sentiment. Peut-être Coinélie est toujours trop occupée de rabaisser le mérite de César. Elle doit savoir que César a parlé de punir le meurtre de Pompée en arrivant en Egypte, et avant que Ptolémée conspirât contre lui : mais que ne pardonae-t-on point à la veuve de Pompée gémissante! Les curieux ne seront pas fâchés de savoir que Garnier avait donné les mêmes sentiments à CornéUe; Pbi- Hppe lui dit :

César plora sa mort.

Cornélie répond :

U plora mort celui Qu'il n'eût touIu souffrir être vif comme lui.

' Poin- grand ne se dit plus. Son péril en rabat est trop tauiilier- (V.i

ACTIl V, SCÈNK II. .{«7

Je n'aimais mieux jnger sa vertu par la nôtre ' , Et croire que nous seuls armons ce combattant , Parce ([u'au point «lu'il est j'en voudrais faire autant '.

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