‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 261 sur 386 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

CLi:OPATRE, CORNÉLIE, PHILIPPE, CHARMION.

CLÉOrATRE.

Je ne viens pas ici pour troubler une plainte Tmp juste à la douleur dont vous êtes atteinte ; le viens pour rendre hommage aux cendres d'un iiéros •Jii'un lidèle alfraiiclii vient d'arraclier aux flots, l'our le plaindre avec vous, et vous jurer, madame, ijuc j'aurais conservé ce maître de votre àme, si le ciel , qui vous traite avec trop de rigueur, M'en eût donné la force aussi bien «pie le cœur. si pourtant, h l'aspect de ce qu'il vous renvoie, \ us douleurs laissaient place à ipielque peu de joie; si la vengeance avait de <[uoi vous soulager, Il vous dirais aussi qu'on vient de vous venger, (,Mif le traître Pliotin... Vous le savez peut-être.'

COR.NÉLIE.

' iiij , princesse , je sais qu'on a puni ce traître.

CLÉOI'ATRE.

Un si prompt châtiment vous doit être bien doux.

CORNÉLIE

S'il a (jnchpie douceur, elle n'est que pour vous.

CLÉOPATRE

Tous les cœurs trouvent doux le succès qu'ils espèrent.

CORNÉLIE

Comme nos intérêts, nos sentiments diffèrent. Si César à sa mort joint celle d'Achillas, Vous êlcs satisfaite, et je ne la suis pas '.

> Par m nôtre gâte un peu ce dernier vers. On ne dit nous cl nôtre en parl.uil de soi , que dans un édit. (V).

' Ati pnint qu'il est ne se dit plus. (V)

' Apres celte scène de Cornt'lie , qui est un chef-d'œuvre de génie, on est lacli(! de voir celle-ci. Quand le sujet baisse , l'auteur baisse nécessairement, et Cléopâlre n'est pas digne de parler à OornOlie. Ces scènes d'ailleurs ne servent ni au nœud ni au dcJnoùmcnt ; ce sont dos entreliens , et non pas des scènes. ( V. )

* On sait aujourd'liui (pi'il fnul, je ne te suis pas ; ce le est neu'.'c:

Aiix màncs de Pompée il faut une antre offrande ; La victime est trop basse , et l'injure est trop grandtî; Et ce n'est pas un sang que pour la réparer Son ombre et ma djuleur daignent considérer : L'ardeur de le venger, dans mon âme allumée , En attendant Césa-, demande Ptolomée.

Tout indigne qu'il est de vivre et de régner, Je sais bien que César se force à l'épargner; Mais , quoi que son amour ait osé vous promettre , Le ciel, plus juste enfin, n'osera le permettre; Et, s'il peut une fois écouter tous mes vœux, Par la main l'un de Tautre ils périront tous deux. Mon âme à ce bonlieur, si le ciel me l'envoie , Oubliera ses douleurs pour s'ouvrir à la joie; Mais si ce grand souhait demande trop pour moi , Si vous n'en perdez qu'mi , ô ciel , perdez le roi !

CLÉ0P.\TRE

Le ciel sur nos souhaits ne règle pas les choses.

CORNÉLIE

Le ciel règle souvent les effets sur les causes , Et rend aux criminels ce qu'ils ont mérité.

CLÉOPATRE

Comme de la justice , il a de la bonté.

COR.NÉLIE.

Oui ; mais il fait juger, à voir comme il commence , Que sa justice agit , et non pas sa clémence.

CLÉOPATRE

Souvent de la justice il passe à la douceur.

COR.NÉLIE.

P.eine, je parle en veuve, et vous parlez en sœur. Chacune a son sujet d'aigreur ou de tendresse, Qui dans le sort du roi justement l'intéresse. Apprenons , par le sang qu'on aura répandu . A quels souhaits le ciel a le mieux répondu. Voici votre .\chorée.

Ktes-Tous salisfaites? nous te sommes , et non pas nous Ui sounmes.

ACii. V, SCÈ.NK ru. 380

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